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Téléchargement illégal de musique : pourquoi ne pas se sentir coupable ?

Guillaume - le 24/08/2007 à 23:32
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Votre petit cousin vient de récupérer le dernier album de MC Solaar. Il n'a pourtant que 12 ans, et ne possède pas la voiture qui lui permettrait de se rendre au centre commercial le plus proche... Il n'a pas de quoi acheter un ticket de bus, et même, avouons-le, pas de quoi débourser quinze ou vingt euros pour acheter la galette du rappeur.

Il a certainement dû utiliser un système de peer to peer pour le récupérer. Bittorent, edonkey, e-mule, etc. autant de noms qui lui ont permis de se procurer cette musique à bon prix, en utilisant peut-être un site web répertoriant toutes les bonnes trouvailles (comme le très controversé Pirate Bay, un site scandinave qui fait parler de lui pour ses fanfaronneries).

Il aurait tout aussi bien pu rendre visite à l'un de ses camarades de classe habitant dans le voisinage et lui emprunter le cd que celui-ci aurait acheté quelques jours auparavant. Personne n'aurait rien trouvé à redire. Mais dans le cas présent, votre petit cousin est hors la loi. Il risque un maximum de trois ans d'emprisonnement et trois cent mille euros d'amende. Evidemment, même s'il était poursuivi, le juge saurait se montrer réaliste et la peine infligée serait nécessairement moins lourde, plus proportionnelle à l'acte commis, d'autant plus que s'il est assez sensibilisé pour se contenter de télécharger pour lui-même, sans permettre aux autres utilisateurs des réseaux peer to peer d'à leur tour récupérer la musique du chanteur, il a approximativement une chance sur deux d'être relaxé.

Mais quel méfait votre petit cousin (appelons le Kevin, on commence à bien le connaître) peut-il bien moralement se reprocher ?

Kevin a empêché un ayant droit, ou un maillon de la chaîne de production de la musique de récupérer un pourcentage sur la vente du disque. Il aurait permis à MC Solaar, sa maison de disque, son producteur, ses chœurs, etc. de mieux manger. C'est un fait. Mais Kevin, s'il avait acheté le disque (quand bien même il aurait eu les fonds nécessaires, ce qui introduirait idéalement un débat sur l'accès égalitaire à la culture... passons pour aujourd'hui...) aurait fait gagner à chaque personne, individuellement seulement quelques centimes, et encore...

Si Kevin est tout seul dans son coin à jouer au pirate, tout le monde s'en fiche. Il n'est pas dangereux.

Par contre, quand c'est toute la société qui collectivement, sans se concerter se met à télécharger, on change de calibre. Au lieu d'un préjudice futile, on passe à des sommes rondelettes. La société est-elle pour autant traînée en justice ? C'est bel et bien le nombre qui pose le problème et nous met face à une équation apparemment insoluble.

Si tout le monde est potentiellement prêt à télécharger car n'y trouvant rien d'amoral, peut-on vraiment se contenter de continuer à interdire ? On s'étonne alors que le renforcement des moyens de répression sur le sujet ne soit pas compris des citoyens... comment s'interdire une action qu'on ne perçoit pas comme étant amorale ?

Nous sommes en face d'une évolution inéluctable de la société. Kevin considère que télécharger une œuvre culturelle gratuitement est une chose dont il peut difficilement se passer, et qui est, de son avis, assez morale pour qu'il prenne le risque de se heurter à une loi qu'il ne comprend pas (ou que ses parents n'ont pas pris la peine de lui expliquer, ne considérant pas qu'elle est particulièrement justifiée, bien que sanctionnant une activité illégale).

Parmi tous les internautes « pirates », qui aurait récupéré un livre pour en photocopier toutes les pages, et en obtenir une pâle reproduction ? Le pouvoir de duplication du numérique est le facteur clef de cet engouement. Il y a vingt ans, on recopiait des K7, avec un son qui s'altérait, tant et si bien qu'on finissait par aller acheter un original. Mais maintenant... Pourquoi, alors que la technologie s'est démocratisée, faudrait-il continuer à subir ce joug ? Kevin s'est fait offrir un ordinateur doté d'une connexion internet à haut-débit. Pourquoi ne pourrait-il pas en profiter ? La reproduction des morceaux qu'il a téléchargés n'a coûté de l'argent à personne, n'a embêté personne. Alors pourquoi devrait-il se limiter ? Ses parents ont bien pris une œuvre d'un jeune artiste contemporain - dont il n'arrive pas à prononcer le nom - en photo le mois dernier et en ont fait un poster géant qui trône dans le salon. Où est le mal ?

Nous avons les moyens, nous les rachetons régulièrement pour les mettre à jour (ou tout simplement les remplacer quand ils deviennent défectueux), et pourtant il faudrait limiter son appropriation du progrès ? Si en plus je vous disais que Kevin a insisté auprès de ses parents pour avoir une connexion haut-débit dans le seul but originel de télécharger... et que maintenant il utilise un ordinateur sans mal, sait envoyer des emails, surfer sur internet, faire de la recherche documentaire pour ses exposés, s'est ouvert au monde... Peut-on affirmer sans broncher que son souhait premier était si mauvais ?

Malgré tout, cette vision a des perdants, les fameux ayants droits. Eux ne sont lésés de manière significative qu'à cause du caractère massif des partages de fichiers. C'est un phénomène relativement comparable aux problèmes écologiques : chacun dans son coin a beau mettre tous ses efforts à polluer, il ne fait pas grand mal à la planète. Mais quand tout le monde s'y met...

Alors, on est tenté de penser qu'on pourrait appliquer les mêmes types de solution que pour l'écologie. Des campagnes massives de communication sensibilisant au caractère incorrect du téléchargement seraient peut-être une bonne idée. Mais on risque de rencontrer autant de succès avec l'écologie qu'avec le téléchargement. Comme ce n'est à l'échelle personnelle pas une réalité amorale, le message passe mal.

On pourrait aussi songer à se calquer sur les déductions d'impôts pour l'installation de matières isolantes. C'est-à-dire non plus punir l'action « mauvaise », mais plutôt récompenser les « bons » comportements. Vous achetez vos cd de façon classique ? Alors vous pourriez les payer moins cher. Vous achetez non pas un unique cd par mois, mais plutôt dix, vingt, ou plus ? Alors vous bénéficiez de remises dégressives. Tout l'enjeu consisterait à équilibrer perpétuellement quantités vendues et prix. Pas forcément évident, mais qui sait.

Une autre approche consiste à penser que si Kevin télécharge, c'est certes pour le prix, mais surtout pour la facilité d'accès. Assis au chaud, il peut récupérer en quelques minutes des albums complets, de toutes sortes, dont une flopée dont il ne connaît pas encore l'existence. Alors, plutôt que de réduire les marges, proposons des catalogues très vastes, et de la musique pouvant être achetée en ligne. C'est ce que Virgin Mega, Fnacmusic, et autres consorts tentent de rendre rentable depuis quelques années, avec un succès plutôt mitigé.

Une façon plus mixte de penser consiste à croire que le « pirate » ne consomme pas toute la musique qu'il télécharge. Il veut des titres à foisons, mais il se contentera de piocher quelques morceaux ici et là, changeant sans cesse. S'il disposait de sa musique sous forme physique, il la revendrait sans cesse pour acheter de nouvelles choses. On lui élabore alors un début de contrat global lui permettant d'écouter autant de musique qu'il le souhaite, mais sans la télécharger. Il s'en fiche du support. La preuve, il n'achète pas de disque !
Fnacmusic l'a fait en proposant une offre d'écoute illimitée à un peu moins de dix euros par mois. Plus récemment, Deezer.com a passé un accord avec la Sacem. Ainsi, tout internaute peut créer un compte gratuitement, et écouter autant qu'il le souhaite, en streaming, la musique disponible chez Deezer, les ayants droits étant rémunérés grâce à une ponction de la Sacem sur les revenus publicitaires. Prometteur et difficile à concurrencer, d'autant plus que Free semble près à soutenir massivement l'initiative.

Au final, on semble actuellement se diriger vers une solution réconciliant tout le monde. D'une part, les internautes « pirates absous » qui pourront se procurer de la musique sans pour autant tomber par erreur sur des contenus à ne pas mettre entre toutes les mains, ni même finir (au pire) en prison. En concédant tout de même au passage l'idée de ne plus télécharger la musique, mais simplement pouvoir l'écouter à tout instant, sans la copier... Et, d'autre part, les ayants droits qui ne seront plus floués par un téléchargement dont on ne connaît pas le volume, évitant ainsi une répartition potentiellement aléatoire des gains par la Sacem (par exemple, si Justice est écouté, on peut espérer que c'est Justice qui touchera les droits grâce à cette visibilité totale, pas une star trop connue qui truste les classements traditionnels et à laquelle on attribue arbitrairement un pourcentage total - erroné - de la récolte monétaire).

On aura beaucoup tâtonné avant d'entrevoir cette solution qui a le mérite d'arrêter la stigmatisation un peu rapide des internautes musicophiles, transformés en véritables petits gangsters, tout en contentant tout le monde.

Reste une inconnue... les maisons de disques vont-elles se prêter de bon cœur à cette reconversion forcée ? Ou plutôt mourir ?

Réagir

Le mp3 et maintenant YouTube et consorts...

L'industrie de la zic (et du cinema) n'a pas "vu" venir internet... c'est tout !

Aujourd'hui ils essayent toutes les manoeuvres possibles et imaginables (menaces, ...) pour s'en sortir, mais c'est trop tard. Une nouvelle aire a commencé....

Reconversion forcée sinon mort lente assurée.

Fini les phrases style :

"Lors de la sortie du format CD, les majors ont vu leurs bénéfices exploser".

Téléchargement illégal de musique : pourquoi ne pas se sentir coupable ?

Perso, j'achète toujours mes CD, enfin la plupart, sinon je les loues à la médiathèque, mais jamais je ne les télécharge. Pourquoi ? Pour une raison simple : le format mp3 est dégueulasse à l'écoute. On ne le dira jamais assez, mais le mp3 compresse tellement qu'il perd toute la qualité de la musique originale. Pour une musique techno commerciale, genre (requête google du hit parade français) Diam's, ok on voit pas la différence, mais sinon dès qu'on passe aux fine musiques, ça crache, les timbres sont "robotisés" (dû à la numérisation).

A la rigueur, il y a le format OGG, de meilleur qualité que le mp3, et libre, mais il est moins connu, pour l'instant.

 

 

Téléchargement illégal de musique : pourquoi ne pas se sentir coupable ?

Attention avec les énormités que tu sors "protoss" selon laquelle le mp3 est un format dégueulasse à l'écoute.

Sans user une seule fois dans ton billet du mot "taux de compression" ou encore de "débit binaire", c'est fort, très fort !

Alors que l'oreille humaine est incapable de distinguer un mp3 en 320 kb/s, d'un morceau en no-loss (avec le même système de lecture évidemment).

Le mp3 est un algo de compression audio tout à fait valable et d'une qualité povant être excellente, mais c'est toujours pareil avec des noobs dans ton style qui se veulent esthètes du son...

Téléchargement illégal de musique : pourquoi ne pas se sentir coupable ?

Oh le gros bill, tu as essayé d'écouter une Vème Symphonie de Beethoven en mp3 ? Si tu trouves que c'est la même qualité qu'un CD... c'est que t'as pas d'oreilles, mais des bouts de gommes à la place des tympans, en plus de n'avoir rien entre les deux. Rien d'autre à ajouter, l'aspect technique des algorithme n'est pas le sujet.

 

Téléchargement illégal de musique : pourquoi ne pas se sentir coupable ?

Je n'ai jamais écouté de musique classique en mp3, toujours en CD, donc je serais bien incapable de dire si la différence entre mp3 à 320kbps et CD est si flagrante que tu le prétends, protoss.

Mais pour de la musique autre que classique, à partir de 192kbps, la qualité commence à être correcte, et il faut vraiment écouter sur des enceintes de bonne qualité en tendant l'oreille pour entendre les pertes.

Après c'est vrai qu'il y a souvent des mp3 mal encodés ou je ne sais quoi (j'y connais rien à l'aspect technique) qui font que le son est très crade, et certaines personnes qui téléchargent n'y prêtent aucune attention.

C'est d'ailleurs ce qui me dérange dans cette solution de l'écoute illimitée en streaming : la qualité du son qui laisse vraiment à désirer. Mine de rien, une oreille s'éduque au fil des écoutes, et avec ce système, on habitue les gens à de plus en plus de pauvreté sonore, c'est dommage.

Et puis tant que j'y suis, l'autre chose qui me dérange, c'est cette notion d'"illimité". Ca a de nombreux avantages bien sûr, mais premièrement, je considère qu'on n'apprécie jamais autant une chose que quand on a attendu pour l'avoir. Ca peut paraître stupide, mais depuis le temps que je bave d'envie devant Naphtaline d'EZ3kiel sans pouvoir me l'acheter, je pense que quand je pourrai me l'offrir, ça sera vraiment un plaisir. Alors qu'à force de pouvoir tout avoir tout de suite, cette notion d'attente et d'envie disparaît peu à peu, on finit par ne plus vraiment accorder de valeur à ce qu'on peut obtenir sans effort. Deuxièmement, c'est illimité dans le sens où on peut écouter autant qu'on veut, mais reste à voir si la liste des titres à disposition est suffisamment étoffée, et si elle ne risque pas de laisser de côté tout ce qui est un peu plus confidentiel. D'où risque d'appauvrissement au niveau de la diversité musicale. Et troisièmement, mais ça ça concerne tout ce qui est musique sur internet, la disparition de l'aspect matériel :( Moi j'adore avoir un CD bien palpable, avec un livret, un artwork, ça forme un tout, j'ai aucune envie de m'en passer.

Voilà, c'est à peu près tout ce que tout ça m'inspire pour le moment.

Ah oui, et les deux râleurs au-dessus, vous avez le droit de rester polis et courtois, même si vous êtes pas d'accord.

Téléchargement illégal de musique : pourquoi ne pas se sentir coupable ?
  • Zenobe
  • le 26/08/2007 à 00:26

Ce que j'adore, c'est les personnes qui critiquent le MP3 sans vraiment tout prendre en considération: oui, le MP3 est un format de compressions avec perte, donc on perd de l'information. Mais quand on s'y connaît un peu en encodage de pistes audio, on se rend compte qu'il ya plusieurs méthodes d'encodage, des taux de compression différents ... enfin plein de paramètres à ajuster en fonction de la musique qu'on écoute, et si on le fait soigneusement, la qualité d'écoute à la fin peut être considérée comme très bonne.

Après il faut aussi considérer le fait que les MP3 sont le plus souvent écoutés sur des ordinateurs (avec des enceintes et une carte son vendues avec l'ordinateur, donc chip audio intégré à la carte son qui ne peut pas vraiment être considéré comme un chip audio et des enceintes Made in China qui crachent) ou alors sur des baladeurs, avec des écouteurs plus que déplorables et en général avec un bruit ambiant. Et ceci est comparé à une chaîne de salon tout confort qui lit comme par hasard vos CD merveilleusement bien ... Il n'y a pas comme un problème dans la comparaison ? A ce moment là, autant aller retourner écouter ses vieux vyniles avec les craquements intempestifs qui ont tant de charme !

 

Et pour en revenir au coeur du problème de l'article, ce qui doit être mis en cause est principalement la société de consomation (acheter, utiliser et jeter) plus qu'autre chose (ce qui réglerai du coup aussi le problème environnemental ... en parti). Si Deezer pouvait développer une vraie communauté d'échange (un peu à la manière de last.fm), où on se regrouperait en fonction des goût musicaux, et qu'on nous proposait de découvrir des artistes moins connus, et qu'on nous apprenait à les apprécier, cela arrangerait tout le monde quand même ...

Téléchargement illégal de musique : pourquoi ne pas se sentir coupable ?

Bon, je vais me répondre à moi-même concernant le concept d'écoute illimitée, parce que j'ai oublié d'ajouter une chose hier soir.

L'écoute illimitée de musique, malgré l'antipathie qu'elle m'inspire, me semble être un moyen d'offrir à tous (du moins tous ceux qui peuvent se payer un abonnement de ce type, pas excessivement cher il me semble) le même accès à la musique (en termes de quantité), quels que soient les revenus de chacun. Alors qu'avec le système actuel, plus on a de sous, plus on peut écouter de la musique ! (Ce n'est une découverte pour personne, j'imagine.) Donc ça, ça me paraît pas mal quand même.

Ceci dit, d'autres inégalités demeurent. (Par exemple ceux qui ont plus d'argent pourront toujours s'acheter plus de CD pour avoir l'artwork et de la musique de meilleure qualité et tout et tout...) Enfin bref, si on se lance là-dedans, on n'a pas fini. ^^

Téléchargement illégal de musique : pourquoi ne pas se sentir coupable ?

Les solutions payantes d'écoute illimitée que j'ai pu tester proposent du son en très bonne qualité (en tout cas je ne vois pas de différence avec les cd que j'ai déjà - mais je dispose d'une chaîne hifi classique, pas de matériel ultra évolué).

Par contre, même si deezer semble être prometteur, il est vrai que la qualité du son est encore un peu juste. Le plus dur à venir pour eux sera cependant les conflits avec les maisons de disques qui ne souhaitent pas laisser leur catalogue être diffusé par d'autres.

Téléchargement illégal de musique : pourquoi ne pas se sentir coupable ?

Bon article, qui expose de manière simple un problème pourtant compliqué.

Ravi de te voir compléter ton argumentaire, Danorah, et de reconnaitre la démocratisation de la culture qu'apporte, toutes proportions gardées, le téléchargement illegal. L'argument du plaisir d'achat et de l'impatience contenue, apparaissent comme une conception bourgeoise de la culture aux yeux de ceux qui n'ont d'argent que pour vivre, au sens minimal du terme (manger, se loger).

Je voudrais rajouter un argument en faveur du mp3 : l'effacement du support et par là, le gain de place et le fait d'éviter les détériorations matérielles. J'ai investi dans un disque dur portable dernièrement, et c'est une bonne solution que j'ai trouvé pour éviter le problème des galettes qui se fissurent et celui du déménagement à venir (déménager une petite brique de disque dur plutot qu'une montagne de cd d'environ 70kg).

Téléchargement illégal de musique : pourquoi ne pas se sentir coupable ?

Oui enfin gallu, les gens qui n'ont d'argent que pour vivre, au sens minmal du terme, est-ce qu'ils ont l'argent pour se payer un abonnement à internet et un abonnement à un site d'écoute illimitée ? (Je ne parlais pas du téléchargement illégal, mais des solutions légales proposées.)

Mais je sais pas, ça ne m'empêche pas de trouver cette notion de musique "illimitée" gênante (au-delà de tout aspect pécuniaire) : j'ai peut-être tendance à sacraliser la musique, mais ce qu'on peut avoir de manière illimitée, est-ce qu'on ne lui accorde pas progressivement de moins en moins de valeur ? Est-ce qu'on ne finit pas par le banaliser et y perdre du plaisir ? Après ce qui est injuste, bien sûr, c'est que certains puissent s'offrir tout ce qu'ils veulent tout de suite, et d'autres rien du tout. D'où ce que j'ai ajouté à la suite de mon premier commentaire.

Téléchargement illégal de musique : pourquoi ne pas se sentir coupable ?

oui, c'est clair que ceux qui n'ont pas d'argent pour vivre n'ont pas d'abonnement internet + ordi.

Je pensais plutot aux jeunes, ceux que les parents n'abreuvent pas d'argent de poche, qui doivent se débrouiller pour se faire un peu de monnaie. Ceux là sont en plein apprentissage et l'acquisition des connaissance qu'ils réalisent est déterminante pour leur réussite ou non réussite sociale (l'histoire du capital culturel, voir Bourdieu et suites, je vais pas digresser)...

On peut voir, pour ceux qui ont peu de moyen, l'ordinateur + abonnement internet comme un investissement : tu payes 20 euros par mois, l'équivalent d'un ou deux cd, pour en télécharger illégallement dix fois plus, voire des films, séries etc.

Concernant ton argument contre la notion d'illimité, il faut savoir qu'il peut rejoindre celui de certains maires qui attaquent les bibliothèques publiques sur leur fondement. Je te rapporte leur discours : "Tout ce qui a un prix a une valeur. Voilà pourquoi il faut faire payer un abonnement aux usagers de votre bibliothèque. Si tout est gratuit, les gens vont avoir un accès illimité à vos ressources, qui vont être dévaluées car perçues comme gratuites, et donc sans valeur". En gros gratuité + illimité = sans valeur / sans saveur.

Je sais que ce n'est pas ton point de vue, maintenant que tu l'as étayé, mais voilà pourquoi j'ai réagi. Et je continue de penser que le plaisir par l'achat et la perte du plaisir par la suppression de l'achat, c'est une conception bourgeoise ^^

Téléchargement illégal de musique : pourquoi ne pas se sentir coupable ?

[Attention, ça devient très philosophique ce que j'écris là ^^]

L'achat est ce qui marque le passage de la non-possession à la possession. Ce n'est pas tant cet acte qui, selon moi, revêt de l'importance, mais plutôt ce qui se passe avant. Ca peut aussi s'appliquer au téléchargement illégal, dans une moindre mesure : il faut attendre que le téléchargement soit terminé avant de pouvoir écouter l'album. (Pour faire encore plus tordu, il m'arrive de repousser l'achat, ou même le téléchargement d'un album, rien que pour prolonger le plaisir de l'attente ^^) Avec l'écoute illimitée en streaming, le souhait est à peine formulé qu'il est déjà réalisé, on a à peine le temps de vouloir écouter un truc qu'on l'écoute déjà... Pour moi il faut que le processus soit lent pour que l'envie se renouvelle, et donc pour qu'on continue à avoir du plaisir à découvrir de nouvelles choses. En gros, si tout tombe immédiatement tout cuit dans le bec, plus besoin d'attendre, si plus d'attente, plus d'envie, si plus d'envie, plus de plaisir. (Mais je suis peut-être la seule personne au monde à ressentir les choses comme ça, après tout...)

Par ailleurs, je considère aussi qu'il faut du temps pour appréhender une oeuvre musicale, et j'ai peur que la possibilité d'écouter de manière illimitée donne envie de passer du coq à l'âne avant de s'être suffisamment imprégné de la musique. Ca n'aurait rien d'excessivement grave, j'en conviens, mais ça serait dommage de passer à côté de choses intéressantes mais pas immédiates.

D'un autre côté (plus terre à terre celui-là ^^), ton raisonnement se tient aussi, et c'est vrai que c'est l'idéal pour découvrir plein de choses sans se ruiner.

C'est compliqué tout ça. (Ou peut-être que c'est juste moi qui vois des complications là où il n'y en a pas...)

Téléchargement illégal de musique : pourquoi ne pas se sentir coupable ?

je comprends mieux. C'est l'attente plus que l'achat en lui même qui te stimule... D'après ce que j'ai observé, c'est un comportement bien répandu, mais je pense qu'au point où tu en es (repousser pour mieux prolonger le plaisir), on est pas bcp à te suivre ^^ Quoique... Faudrait que j'en parle à quelques connaissances SM :D

Téléchargement illégal de musique : pourquoi ne pas se sentir coupable ?
  • naz
  • le 26/08/2007 à 15:28

Un article très intéressant avec des réactions non moins intéressantes. Je voudrais revenir deux secondes sur la réaction de protos qui se défend, même si je fais difficilement la différence entre un CD et un MP3 pour des raisons matérielles que je ne sais pas qui expliquait plus haut. Personnellement tous mes CD ont été transformés en MP3 pour pouvoir passer sur mon autoradio. Plus compact, plus simple et je ne suis pas sûr qu'il y ait une telle différence de qualité.

Mais on a souvent entendu qu'il y avait une perte de qualité entre le vinyl et le CD. Une différence que j'ai de la peine à croire. En parlant de différence entre vinyl/K7/CD/MP3, il y a une différence importante : un MP3 ne va normalement pas s'user (au contraire d'un CD, mais surtout au contraire d'un vinyl et d'un K7, même originale). Par contre, les maisons de disques ne sont sûrement pas lancées dans le MP3 avec force tout simplement parce qu'elles savent très bien qu'elles ne pourront pas avoir le succès qu'elles ont eues avec le CD : des milliers/millions de personnes qui ont renouvelé leur discothèque. J'imagine mal racheté mes albums en version MP3 (heureusement il va y avoir le DVD audio sous peu).

Pour finir sur la qualité, oubliez MP3 et CD et allez voir les artistes en concert, c'est encore là où normalement l'auditeur est le plus proche du son. On pourrait même se faire greffer des oreilles cybernétiques pour ceux qui ont une capacité d'audition moindre que les autres...

Enfin, personnellement, je trouve que la solution de Neuf est plutôt intéressante : un téléchargement illimité gratuit dans une certaine catégorie musicale, ce qui permet l'essentiel dans le téléchargement : la DE-COU-VERTE! On peut désormais imaginer écouter, même avec une qualité loin d'être exceptionnelle, des dizaines d'artistes par jour et ainsi pouvoir être plus pointu sur l'utilisation de notre budget CD. Car comment découvrir un artiste aujourd'hui? Concert, bouche à oreille en général. Internet est (quasiment) le seul média permettant une réelle découverte musicale.

Téléchargement illégal de musique : pourquoi ne pas se sentir coupable ?
  • Simon
  • le 26/08/2007 à 15:34

Bonjour à tous,

Merci pour l'article il est vraiment sympa. Pour moi, deezer reste plutôt limité au niveau de la qualité et des chansons proposées (bien qu'on puisse tout de même aisément sortir du mainstream et que Ez3kiel - ça m'a fait plaisir de le voir cité - soit dispo). Pour moi, rien ne peut remplacer Myspace pour l'instant, il y a vraiment une communauté très active et on découvre plein de choses.

J'essaye de structurer un peu ma pensée et les réactions qui me viennent en vrac à la lecture de cet article et des réactions :

-Je suis étudiant et fan de musique, je peux donc dire à peu près comment je fonctionne : Beaucoup d'écoute pour permettre une sélection et achat des CD dont j'ai envie de supporter l'artiste (oui, même si j'ai de l'estime pour Snoop Dogg ou Bob Marley (ça fait jeune) mais aussi pour Verdi et Rossini, je n'achèterai certainement pas leurs CD pour la simple et bonne raison qu'un rappeur très connu comme snoop dogg n'a pas besoin de mon argent et que verdi rossini et bob marley n'en ont pas besoin non plus car ils sont morts... reste le problème des interprêtes)

-Pour moi, aller à un concert est beaucoup plus important qu'acheter un cd et ça m'a vraiment fait plaisir de voir que Manu Chao a une réflection plus que constructive vis a vis de la musique et d'internet :

il n'a pas peur des pirates car il s'est fait son identité musicale en copiant des K7

il a fait le choix de publier ses prochaines chansons directement sur internet, sans passer par la case cd (avis aux mélomanes : je pense que Manu Chao sait comment apprécier la musique...)

il est pleinement d'accord pour qu'on le télécharge, lui qui vit largement de sa musique, mais aimerait qu'on achète plus les petits.

Il pense que l'avenir de la musique est sur scène, plus dans les supports : ca me fait très plaisir : Polnareff ne devrait pas pourvoir s'arrêter de tourner et vivre comme un rentier parce qu'il a fait quelques chansons/traductions sympa...

Finalement mon commentaire est en vrac... désolé, ça sort comme ça vient :-S

Je pense que l'Internaute mélomane est conscient du prix de la musique mais qu'internet représente juse un vecteur de la "contre-culture" pour lui. Il va donc piocher sur internet, écouter, faire son choix et acheter ou aller à un concert. De plus en plus d'étudiants sont fans de concert et n'ont pas forcément les moyens de payer une prestation live ET un album...

Je finis sur ma vision des choses : de plus en plus de gens téléchargent, mais la plupart télécharge Diams... je préfère ça plutôt qu'ils achètent son cd. A mon avis c'est juste une évolution qui permet de se "protèger" des problèmes des mass medias société de consommation etc. A BAS "A NOUS LES HITS"

Téléchargement illégal de musique : pourquoi ne pas se sentir coupable ?

bonsoir !

a mon humble avis, il convient de différencier les différents utilisateurs de mp3 (et de peer to peer), comme il me semble logique de ne pas mettre tous les consommateurs de CDs dans le meme panier. Ce que je crois c'est qu'il y avait des gros consommateurs de CDs, les gens qui achetaient tout ce qui sortait, peu importe la qualité la mode seule importait. Eh bien ils font la meme chose avec les mp3. Mais il reste encore il me semble des amateurs de musique qui, sans passer leur temps a télécharger n'importe quoi en quantité, se procurent de la musique en mp3 ET achetent aussi des CDs !

La licence globale (en augmentant le prix de l'accès internet par ex) est une bonne chose, étant donné que ceux qui téléchargent massivement n'y verront pas d'inconvénient. Elle permet de rémunérer les artistes qui n'ont, il faut bien se l'avouer, plus aucun contrôle sur leur musique une fois mise sur le net. Enfin ne nous en faisons pas pour les maisons de disque, elles gagnent largement assez d'argent avec la musique sur portable.

Là est d'ailleurs le vrai problème, c'est la musique de plus en plus jetable. Mais a mon avis ce n'est pas dû au mp3. C'est l'évolution du monde de la musique et du monde en général qui veut ça : a force de mettre le "produit" a disposition de tt le monde tt le temps eh bien la musique devient comme le soda, de la merde a profusion !

voila pour mon avis désordonné (il est tard...)

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