L'Alligator : Dis-moi que tu ne veux pas mourir

Critique par iscarioth - le 11/06/2007 couverture de la bd L'Alligator : Dis-moi que tu ne veux pas mourir
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7.5
note krinein
Bleu c'est noir
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« Detective privé sans licence ». Voilà le métier de Marco Buratti, Beniamino Rossini et Max, trois bourlingueurs aux CV chargés. Du polar « fort et bien serré », comme on les aime.

« Le client arrive à pieds, avec un retard de cinq minutes. Cinq de plus et on se serait tirés. Il vint directement à notre table ; il connaissait nos tronches ». Visages burinés, tachés de suie, expressions impassibles, froideur et dureté des conversations, des atmosphères, L'Alligator est un polar, de la première à la dernière page. Après une courte présentation des personnages (fiche d'identité des trois loustics puis scène introductive), nos trois détectives non déclarés rencontrent leur futur employeur. Ils doivent retrouver la maitresse de monsieur. Et c'est là que les premières surprises interviennent. Nos trois tueurs sont des gentlemen. Ils ne ramèneront pas la fille contre son gré. Décalage. Intraitable en affaires, inflexibles face aux clients et aux indics, nos casseurs - ou au moins l'un d'entre eux - se montrent délicats et prévenants face à la belle Joanna, icône mystérieux de l'album.

On peut diviser l'album en deux actes. Les trois premiers chapitres racontent une première histoire, les quatre derniers une seconde, se déroulant à quelques mois d'intervalle. Encore une fois, nos trois baroudeurs se lancent dans l'affaire presque par esprit chevaleresque, défendant l'innocente presque sans garanties financières à la base. Mais ne vous y trompez pas. Nous parlions de polar de la première à la dernière page : les dernières pages, dans un polar « hard boiled » comme l'écrit Casterman dans son communiqué, sont réservées au « ménage ».

Graphiquement, le trait d'Igort Tuveri colle à la perfection au ton employé par le scénariste Massimo Carlotto. Des planches très marquées par la trame : le mélange de la teinte bleu nuit invariable et d'un griffonnage au crayon plus ou moins appuyé. Avec le crayon de bois, en jouant sur la dureté des mines, Igort parvient à faire varier l'intensité, la netteté et le piquant de ses cases. Les visages sont comme flous à certains moments, très écorchés et pointus à d'autres instants. La technique employée nous donne aussi l'impression d'être toujours plongés dans une nuit profonde, éclairée par la simple clarté lunaire.

L'Alligator a tout du bon polar : le scénario et la tonalité des canons du genre, assortis d'une réalisation graphique qui ne se contente pas d'expérimenter, mais qui soutient le propos. A ne pas manquer, pour les amateurs du genre noir.


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