La Cellule

Critique par riffhifi - le 30/07/2008 couverture de la bd La Cellule
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A la base, il y a un recueil de nouvelles de George Langelaan appelé Nouvelles de l'anti-monde, qui contient notamment une histoire appelée La mouche noire. Celle-ci, initialement parue en 1957, a inspiré deux films très différents mais aussi cultes l'un que l'autre : La mouche noire de Kurt Neumann (1958) et La mouche de David Cronenberg (1986). Lorsque Guillaume Long et Fabienne Costes l'ont lue, ils y ont trouvé la matière d'un récit très différent, axé sur une rupture amoureuse. Un sujet simple, quotidien, potentiellement banal, traité de façon inspirée, hallucinée, intense.

Simon, derrière ses lunettes opaques et sa perpétuelle barbe de deux jours, est doté d'une sensibilité extrême. Chercheur habitué à la compagnie des souris de laboratoire, il ne réalise pas que sa relation avec Anne la musicienne n'a duré deux ans que par miracle. Et lorsqu'elle le quitte, il ne comprend simplement pas. Il se souvient du passé, il épie l'immeuble où elle vient s'installer ; et progressivement, il
s'enfonce dans une psychose totale, où son poisson rouge flotte à travers l'appartement, et où les souris du labo apparaissent comme une inexplicable planche de salut...

Le label KSTR lancé par Casterman (de jeunes auteurs pré-publient les planches de leurs albums sur un site internet) s'enrichit cette année de plusieurs titres remarquables, parmi lesquels Le goût du chlore et La cellule, tous deux sortis fin mai. Le Guillaume Long qu'on trouve ici aux commandes (partageant l'écriture du scénario avec Fabienne Costes) n'est pas un inconnu, puisqu'on chantait ici même ses louanges il y a deux ans. L'album s'appelait Anatomie de l'éponge, et présentait à la fois une belle inventivité et un héros-auteur préfigurant celui de La cellule, avec son physique de nerd et son caractère obsessionnel limite autiste. Car Simon est un beau cas de maboul, incapable d'admettre une vérité qui le blesse, préférant tout sacrifier plutôt que d'accepter la séparation. Sa perception de la réalité s'effrite irrémédiablement malgré les efforts des quelques gens qui l'entourent, jusqu'à rendre la lecture de l'album sévèrement déroutante dans sa deuxième moitié.
Certains décrocheront, d'autres trouveront que cette plongée dans un mental défait ne manque pas de puissance. Une chose est sûre en tous cas, Guillaume Long maîtrise son art : usant sur une majeure partie de l'album d'une base classique de gaufrier, il rend d'autant plus percutantes les pages qui s'en affranchissent, baignées d'une dominante de blanc (page 21, page 80) ou de noir (page 34, pages 106-107). Il lui arrive aussi d'utiliser le gaufrier en jouant avec sa forme même : les 18 vues identiques des pages 12 et 13, le mini-film des pages 30 et 31, la représentation des habitants de l'immeuble en page 41... Imaginatif sans pour autant verser dans la lourdeur démonstrative, Long se sort avec brio d'un scénario casse-gueule, et donne furieusement envie de se plonger dans ses œuvres futures. A plus forte raison si elles sont coscénarisées par Fabienne Costes, qui semble canaliser à merveille l'homme au nom court.


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