Après un article élogieux dans Télérama, une chronique de même sur France Inter et un billet coup de cœur chez mon libraire, passionné de BD, de Fantasy, de romans graphiques et de poésie, j’ai acheté la BD Château l’attente les yeux fermés. Je suis resté comme un poule qui regarde une montre devant ce bouquin et le tapage qui est fait autour. Très loin des références auxquelles cette œuvre se réclame, on est plus proche d’une vaste supercherie. Tolkien ? Elle n’en n’a ni l’originalité ni la rigueur. Loisel ? C’est faire peu de cas de la finesse de trait et de la trempe des personnages de cet auteur. On est plutôt chez Linda Medley dans une très mauvaise imitation de Shrek. L’humour est lourdaud, régulièrement scatologique, le trait grossier et enfantin (l’auteur devrait prendre des cours de perspective) et le propos oscille entre le religieux et le mysticisme jusqu’à s’autoriser un petit détour par le xénophobe (les gitans sont présentés comme des voleurs assassins). Quant à la construction, qu’on assimile à tort à celle bien plus subtile et rigoureuse des Mille et une nuits, l’auteur abandonne son scénario rapidement pour digresser à vau l’eau sans aucun souci de son lecteur. On cherche en vain une quelconque pierre d’attente qui prenne un quelconque sens, et une fin au début de l’histoire. Finalement après une dizaine de pages il ne se passe plus rien que bavardages et on s’ennuie ferme sur 400 pages. Quant à la poésie il n’y en a aucune. Le sommet des dieux, Lucille ou Manteau de neige sont des œuvres d’une toute autre exigence. Pour 26 € on se retrouve finalement avec un gros cahier de coloriages qu’une belle puissance de marketing a réussi à nous faire acheter, et qu’on n’a même pas envie de colorier.