A l'affiche récemment avec Le combat ordinaire, Manu Larcenet revient chez Fluide Glacial *sa maison mère* pour illustrer des brèves de comptoir scénarisées par Lindingre. Une caricature à la fois juste et grossière d'une "France d'en bas", proche de ses racines et soucieuse de préserver ses traditions.

Le nom du bistrot et titre de l'album se veut d'ailleurs révélateur à ce sujet. Pour la petite anecdote historique, la francisque était une hache utilisée jadis par les Francs mérovingiens et carolingiens. C'est à partir de la racine du nom de l'objet que fut baptisé la nation. Mais outre cette glorieuse sonnerie des cors, la francisque fut aussi une récompense décernée par Pétain aux citoyens les plus méritants sous le régime de Vichy. Parmi les quelques "célébrités" affichées au tableau d'honneur, nous retrouvons François Mitterrand (dont on a longtemps souligné qu'il l'avait accepté de force pour ne pas éveiller la méfiance des occupants), les frères Lumière, Edmond Giscard D'Estaing (papa de Valéry) ou encore l'écrivain Paul Morand qui eu beaucoup de difficulté à intégrer le gratin de l'Académie Française après la Libération. Ainsi Chez Francisque caricature ces franchouillards se réunissant au comptoir du propriétaire des lieux. On voit au fil des pages deux interlocuteurs refaire le monde autour d'une chope de bière ou un verre de whisky. Tout est sujet à être violemment critiqué (les étrangers qu'il faut jeter dehors, les jeunes drogués du net, l'éradication des homosexuels, la xénophobie ou encore la Culture grabataire...), tant que cela n'est pas du pur jus valorisant le drapeau tricolore. Lindingre matérialise ainsi ces discours sous l'image la plus évidente que nous nous en faisons lorsque nous imaginons les personnages. Des campagnards, des chasseurs, des habitués désillusionnés... le cliché classique avec des dialogues aux propos classiques, demeurant pourtant incisifs. Pourquoi incisif ? Parce que nous lisons cette série avec second degré, en renforçant par ce biais le ridicule des personnages.
Larcenet épure son graphisme pour nous offrir une esthétique brute. Un comptoir, des verres, une bouteille et deux poivrots... Peu de décors secondaires viennent étouffer le contenu des cases. De son trait nerveux, le dessinateur ajoute une couleur dominante, variant en fonction des planches. Les tons les plus récurrents sont naturellement le bleu, le blanc et le rouge. Larcenet joue parfois avec les trames et la peinture, ou marie les deux pour que sont travail soit à la fois linéaire mais pas répétitif. Même si le rendu est sobre et semble facile d'exécution, le style se fond bien avec le scénario de Lindingre et demeure plaisant à voir. Cela change des éternels strips aux courbes repassées et coloriées à l'ordinateur.
"Chez Francisque" est un humour particulier, à la sauce Grolandaise, creusant encore plus profondément dans les misères pathétiques du nationalisme. La bande dessinée est cependant agréable à lire. Elle amusera les adeptes du genre et n'ennuiera pas les non initiés réceptifs.
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