De Gaulle à la plage

Critique par riffhifi - le 10/12/2007 couverture de la bd De Gaulle à la plage
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Le seau et la pelle du 18 juin
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Jean-Yves Ferri est connu pour son amour de la campagne et l'affection avec laquelle il la tourne en dérision, que ce soit avec la complicité de Larcenet dans Le retour à la terre ou en solo dans les aventures d'Aimé Lacapelle. Ici pourtant, c'est vers la plage qu'il dirige ses pas, en compagnie d'un héros qu'il aurait fallu inventer s'il n'avait pas existé : le Général.

Durant l'été 1956, Charles de Gaulle n'est ni un aéroport, ni une avenue, ni une place. Il n'est même pas encore président, et l'Histoire perd sa trace durant ces quelques mois. Que faisait le Général ? Il coulait de paisibles vacances sur une plage bretonne avec sa femme, son fils, son chien Wehrmacht et le capitaine Lebornec. C'est du moins ce que nous affirme Ferri, qui ajoute que de Gaulle, tout en dictant ses mémoires de guerre, n'omettait pas de lorgner les brunes à forte
poitrine, de jouer au cerf-volant avec les enfants ni d'aller au cinéma voir des westerns...

D'emblée, l'album annonce la couleur : vous ne l'avez pas trouvé dans une grande surface en 2007, mais chez un brocanteur spécialisé dans les années 50. La tranche est toilée de jaune et la quatrième de couverture liste les "autres" aventures du héros : De Gaulle en Chine, De Gaulle aux sports d'hiver, De Gaulle astronaute, etc.

Au-delà de la forme extérieure de l'objet, le style adopté est aussi celui de strips à l'ancienne par demi-pages, colorisés avec bonheur par un Patrice Larcenet qui a certainement dû ressortir les Journaux de Mickey de ses parents pour y puiser le style adéquatement désuet. Pour le reste, la patte de Ferri est immanquable : le dessin rond et épuré couplé à l'humour fin et décalé rendent éminemment sympathiques ces tribulations imaginaires d'un des personnages les plus marquants de l'Histoire de France récente. L'auteur a par ailleurs le bon goût
d'éviter la caricature politique lourdingue, en se concentrant sur la personnalité bien connue du Général : débonnaire dans la retenue, fier et entretenant un culte certain de sa personnalité. Il aurait été facile de tirer à boulets rouges sur un président entrant ou sortant, les deux ayant pris l'habitude de porter le gaullisme en bandoulière ; mais Ferri, rappelons-le, adapte l'humour de l'album aux années 50, époque où le gaullisme n'était pas encore une politique sujette à débat, mais surtout un simple enthousiasme envers l'homme qui représentait la libération de la France. Si quelques gags (les attentats ratés) laissent apercevoir le futur du personnage, l'ensemble se contente d'une fraîcheur salutaire et décalée, mais ni mièvre ni acide. Pour évoquer de Gaulle comme pour dépeindre le monde rural, Ferri fait dans la subtilité et la tendresse.

 


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