Hurlevent

Critique par iscarioth - le 16/11/2006 couverture de la bd Hurlevent
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Hurlevent est l'un de ces albums qui impressionnent beaucoup au feuilletage, par un trait réaliste et un travail énorme réalisé sur les couleurs. On pose toujours sur un album un regard de préjugé, avant de le lire et d'apprendre à le connaître. Si, la plupart du temps, le préjugé est mauvais et la surprise bonne, le mouvement pour Hurlevent va dans un sens inhabituel. On est d'abord impressionné, mais bien vite déçu...

48380_250. Le one-shot s'ouvre sur une planche qui rappellera aux amoureux de la BD peinte de bons moments (La vengeance du comte Skarbek) On croit déceler un univers graphique qui n'évoluera pas, tout au moins pas à l'intérieur de ce même album. Les visages sont pâles comme ceux des morts, les sourires nous font découvrir des yeux noircis, l'urbanité représentée est lugubre. Les tons dominants sont ocres, jaunâtres et le cadrage donne souvent l'impression d'un univers urbain flottant, en déformation, bien que stoïque. L'esthétique représentée nous rappelle l'univers gothique, avec la jeune aveugle Katherine, qui nous rappelle la jeune fille de L'exorciste, et Oskar, le peintre qui à l'étoffe d'un Dracula. Au fil des pages, les visages évoluent sensiblement vers plus de clarté, de linéarité et de précision. Puis, sans crier gare, de la page 11 à 12, Jérôme Deleers réforme son univers graphique. Sa bande dessinée devient un roman photo. Les visages des personnages ne sont plus peints, mais résultent semble-t-il d'un travail effectué à l'informatique, voire à la photographie.


48381_250. On sombre alors dans un certain ridicule, impression propre aux romans photos. Les personnages, pris en instantané, grimacent et se tordent comme pour se préter à l'exercice. Puis, Deleers retourne à des visages et planches qui semblent peints. L'instabilité graphique est grande, si bien que les personnages évoluent grandement dans leur identité faciale (surtout Oskar). Deleers semble s'être amusé à nous surprendre, il poursuit tout au long de l'album à construire et déconstruire ses planches, à identité multiple. On change de contraste, de nétteté. Tantot les personnages donnent l'impression d'être peints, tantôt d'être des photographies vaguement trifouillées. Jérôme Deleers nous présenterait là une démonstration de ses capacités de manipulation de l'infographie qu'il nous convaincrait presque. Mais Hurlevent est bien vendu comme un album de bande dessinée, qui se doit donc d'avoir une identité propre ainsi qu'une cohésion. Les poses caricaturales, l'architecture distordue, les visages changeant et les corps en décalage ne nous font pas l'effet d'un graphisme moderne ou d'une recherche stylistique, mais plutôt celui d'un bidouillage sans force.

Incontestablement, Hurlevent est une bande dessinée d'ambiance. L'histoire contée n'a trop rien de concret. Il s'agit d'une jeune femme, Charlotte, devenue l'accompagnatrice d'une aveugle, Katherine, au frère peintre, Oskar. Les relations entretenues par le trio sont étranges, un mélange d'amitié, de passion et d'étrangeté. En filigrane, la genèse de l'oeuvre littéraire Les Hauts de Hurlevent.


Hurlevent, un album d'ambiance reposant principalement sur le pari d'une novation graphique. Beaucoup de pistes lancées, beaucoup de chemins empruntés, pour finalement se perdre en identité. Le résultat est figé, comme peut l'être un roman photo.


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