Johnny Cash : Une vie (1932-2003)

Critique par riffhifi - le 10/10/2008 couverture de la bd Johnny Cash : Une vie (1932-2003)
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A Cologne, il n'y a pas que l'eau du même nom qui jaillisse. Il y a également le scénariste et dessinateur Reinhard Kleist, bien que celui-ci ait fini par déménager pour Berlin. Après avoir adapté Lovecraft, il se penche sur la vie d'une légende du rock'n'roll décédée en 2003 : Johnny R. Cash...

Après une enfance passée dans le Tennessee et marquée par la mort de son frère Jack, Johnny devint star par culot, drogué sans même s'en rendre compte, et fit aussi bien le malheur de sa femme Vivian que le bonheur des taulards de Folsom en janvier 1968. D'une carrière musicale longue et riche, on ne retient bien souvent que les chansons Walk the line et Ring of fire.


La bande dessinée de Kleist fait très exactement 200 pages, sans compter les dix dessins de supplément présentés dans la galerie finale. 200 pages en noir et blanc qui retracent la vie d'un artiste furieux et autodestructeur, avec une précision documentaire basée sur la lecture de cinq livres. Mais question biographie de Johnny Cash, il faut bien admettre que le bédétiste a été coiffé au poteau par le film de James Mangold Walk the Line, sorti chez nous en février 2006. Bénéficiant de l'interprétation de Joaquin Phoenix dans le rôle principal et de Reese Witherspoon dans celui de June Carter (Oscar de la meilleure actrice), il jouissait surtout de la présence non négligeable... d'une bande sonore ! C'est idiot à dire, mais la bande dessinée musicale est un genre nécessairement paradoxal, puisqu'on ne peut pas faire chanter les pages. Remédions aisément à ce problème en mettant un disque de Johnny Cash (ou plusieurs, étant donnée l'épaisseur du volume), et savourons la lecture.

Formellement, on peut difficilement accuser l'artiste de se foutre du monde : le dessin est subtil et réaliste, bien qu'on puisse lui reprocher de transmettre imparfaitement les émotions des personnages. La construction est intelligente, en trois chapitres respectivement titrés : 1935-1956, 1957-1967 et janvier 1968 ;
l'accélération progressive de la vie et de la carrière de Cash, qui trouva un point d'orgue lors du concert à la prison de Folsom, est bien traduite dans ce découpage, et l'utilisation du point de vue du prisonnier Glen Sherley est judicieuse. De même, on apprécie la mise en images de certaines chansons, dans un style graphique sensiblement différent du reste.

Comment expliquer alors le sentiment d'insatisfaction qui naît de la lecture de cet opus ? Peut-être par une trop grande rareté de trips inspirés comme celui de la page 143, où Cash apparaît représenté sous la forme de ses vaisseaux sanguins, peut-être par un ton globalement trop sage, à l'exception de quelques poussées d'adrénaline comme le craquage de la page 122 (repris en quatrième de couverture, d'ailleurs). Aussi étrange que l'assertion puisse paraître, l'album n'est pas assez rock'n'roll pour son sujet. Mais reste un témoignage intéressant... pour qui n'aurait pas le lecteur DVD nécessaire au visionnage de Walk the Line !


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