Le Mangeur d'histoires

Critique par riffhifi - le 26/08/2008 couverture de la bd Le Mangeur d'histoires
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Le Corbeau né de la plume
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Fabrice Lebeault, ainsi que nous le rappelle la couverture si besoin était, a l'immense mérite d'être l'auteur de la série Horologiom parue chez Delcourt. Si l'argument n'était pas suffisant pour se pencher sur ce Mangeur d'histoires, la superbe couverdure (ce n'est pas une faute de frappe, c'est un mot-valise pour désigner une couverture dure ; il s'agit d'un subterfuge destiné à économiser une place folle dans les articles) évoque l'imagerie bondissante et croquignolette associée aux romans populaires du début du XXème siècle. Rocambole, Arsène Lupin, nous voilà.

Fortuné d'Hypocondre ne se croit pas particulièrement malade, mais souffre d'une affection peu commune : il est hanté par un personnage de fiction appelé le Corbeau. Celui-ci, héros masqué d'une série de romans à succès, a décidé de franchir la porte qui sépare l'imaginaire de la réalité afin de choisir sa propre
"... Mais ne faites pas un nez pareil !"
identité. Fortuné semble être le seul à pouvoir l'aider, mais à quel prix trouvera-t-il le secret du mystérieux auteur Homère Saint-Illiède ?...

Dès les premières pages, l'essentiel est posé : le décor vieillot et fantasmé de la Belle Epoque (Paris ?), les références explicites aux classiques (Fandorille et Vujex sont les équivalents de Fandor et Juve chez Fantômas, bien que le deuxième tienne également son nom de Judex), et l'atmosphère fantastique en forme de métaphore (le réel rencontre l'imaginaire, dans une version graphico-littéraire de La rose pourpre du Caire ou de Last Action Hero) enchantent rapidement et permettent sans peine l'immersion dans ce monde où le fantastique et le policier ont un air de déjà-vu tout en cultivant leur propre saveur. Quant au personnage de Wiene, les cinéphiles y reconnaîtront le personnage-titre du Cabinet du Docteur Caligari, réalisé en 1922 par... Robert Wiene ! Tout se tient, les indices sont parsemés élégamment et ne forment pas pour autant un obstacle à la lecture de ceux qui ne les détectent pas.

Constituant à la fois un hommage à une littérature bon marché qui ignore sa propre Quand le Corbeau est perché, on cherche le fromage...
Quand le Corbeau est perché,
on cherche le fromage...
valeur (Fantômas ne fut-il pas acclamé par les surréalistes pour ses rebondissements abracadabrants, l'insouciance de sa narration et la fantaisie de sa chronologie ?) et un discours goguenard sur la littérature en général, Le mangeur d'histoires ne s'appesantit pas pour autant sur sa double lecture, choisissant au contraire de caresser l'œil du lecteur par de superbes illustrations qui font oublier le plus rigide Croquemitaine que Lebeault avait également dessiné chez Dupuis. Tout juste regrettera-t-on, à la vision des aquarelles en fin de volume, que la mise en couleurs n'ait pas été effectuée selon la même méthode dans l'album. Mais on se satisfera sans peine des couleurs d'Albertine Ralenti, qui offre au dessin les tonalités adéquates.

Au milieu d'un paquet de séries dont on se passerait bien, voilà un one-shot dont on aimerait au contraire voir la suite... qui par son existence même, perpétuerait la tradition de feuilleton auquel l'album rend hommage !


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