Quel drôle de réveil que celui-ci ! Azad Mikoyan, copilote pour la compagnie Panax, reprend conscience sur un des fauteuils de son appareil, et à vrai dire, en ce moment, ce n'est pas vraiment sa place. L'appareil, qui vient à peine de passer la verticale de Carthagène, pique vers le sol colombien et, comble de l'horreur, les passagers sont en train d'agoniser. Malgré tout ses efforts pour reprendre ses esprits et n'ayant qu'un seul but en tête, rejoindre le cockpit, Azad ne parviendra pas à faire quoi que se soit. Considérant cela, être le seul rescapé du crash ne lui apparaît pas comme un miracle. Pétri de culpabilité, il ne parvient pas à se souvenir de l'enchaînement funeste qui guida la tragédie. Impossible en plus de compter sur la boîte noire. Celle-ci a disparu, emportée par les guérilleros qui infestent la région forestière dans laquelle l'avion s'est écrasé. Pourtant les accusations vont bon train, et il ne fait aucun doute, pour l'opinion, qu'il s'agit là du problème des avions poubelles. Ces derniers temps, quelques avions vétustes de compagnies aériennes plus intéressées par le profit que par la sécurité, se sont écrasés. Toutefois, il faut noter pour celui-ci, comme un effet d'une justice 
Ce cher Azaddivine, que le patron de la compagnie Panax, Angel Galtieri, était un des passagers du vol. Les causes semblent donc aisément déterminables, mais cela n'empêche pas l'enquête, et Azad devra assumer ses responsabilités.
C'est par un dessin très soigné et une excellente dynamique narrative que Youssef Daoudi nous embarque dans son album. Dessinateur de presse, puis dessinateur de la Trilogie Noire, inspirée de Nestor Burma, il semble en avoir tiré un talent pour la concision et l'utilisation de personnages à "gueule". Cet ouvrage qui ne fait en rien écho à l'actualité, s'appuie tout d'abord sur ce qui semble être une vraie connaissance du monde de l'aéronautique commerciale et des mesures de secours et d'enquête engagées lors de tels accidents dans la région sud-américaine. A grand renfort de notes de bas de pages, Daoudi épluche tout le processus mis en branle lors d'un crash aérien et arrive ainsi à asseoir la crédibilité de son histoire, pour lui permettre, dans sa suite beaucoup plus fantaisiste, de maintenir le lecteur à un niveau d'attention respectueux. Le rythme échevelé construit autour de la concision explicative des illustrations et l'utilisation de l'espace dans la case, contribuent à garder le lecteur dans un état de veille forcé, lui autorisant juste, par touche sporadique, des pauses contemplatives sur un tarmac d'aéroport ou un carré de forêt équatoriale.
Pourtant, tout n'est pas parfait. Hormis les explications détaillées du début, qui font penser à la foultitude de détails techniques auxquels Buck Danny nous habitua, un des aspects capables de rebuter la lecture s'avère être une police de caractère torturée, où les J ressemblent à des U, qui eux-mêmes se confondent avec les V, qui se prononcent comme des B (espagnol oblige). Le rythme excellent qui finit par survenir à force de patience et d'habituation à cet aspect, risque donc d'échapper à des lecteurs trop pressés. Et ce serait dommage. Malgré quelques dialogues et 
Tête à queuesituations incongrus, on est tant et si bien embarqué que l'on s'astreint à adopter le point de vue et l'état d'esprit d'Azad, dont la perte de mémoire fait écho à la disparition de la boîte noire. Et c'est avec une surprise égale à la sienne que l'on découvre la fin de l'ouvrage. En effet, l'enchaînement des situations parvient à un tel degré que l'on ne se préoccupe plus de l'amorce de l'histoire, et tout le tempo descendant qui ponctue la suite des événements suffit à donner une impression d'aboutissement propre à contenter le lecteur, trop heureux de pouvoir souffler. C'est donc avec étonnement que l'on assiste au twist de la fin, qui nous rappelle qu'il s'agit d'un tome 1, alors que c'est dans une disposition d'esprit de one-shot qu'on avait fini par s'installer. Et cette fin, rappelant l'intrigue à notre bon souvenir, réveille une pensée perdue dans le feu de l'action vers le milieu de l'ouvrage : que s'est-il donc passé dans cet avion ? Question alors d'une importance énorme, multipliée par la culpabilité de l'oubli.
Excellente surprise que ce premier ouvrage, malgré l'opacité du propos technique de départ. L'auteur arrive à donner une véritable importance à son intrigue en installant avec talent un certain mystère. Evidemment, c'est à pieds joints que l'on sautera sur le tome 2.
Votre avis, votre critique
athanagor
Très bien !