Quelques jours avec un menteur

Critique par iscarioth - le 28/01/2006 couverture de la bd Quelques jours avec un menteur
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Aux amateurs du genre quotidien
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Depuis Quelques jours avec un menteur, Etienne Davodeau s'est fait un nom auprès du public bédéphile. Avec des romans graphiques comme Chute de Vélo, Rural ! ou Les Mauvaises gens, Davodeau s'est affirmé dans les esprits comme un auteur aux oeuvres de qualité, investissant les genres récents et pleins de potentiel que sont le quotidien et l'intimisme. Même s'ils ne choquent pas au feuilletage, les albums de Davodeau se repèrent assez facilement. Le dessinateur rappelle Baru, avec des expressions faciales prononcées bien qu'assez épurées (dans la lignée de maîtres comme Reiser et Binet) et avec cette impression de « lavis en noir et blanc », comme dans L'Autoroute du soleil.

L'histoire

Cinq vieux copains trentenaires s'offrent un séjour au vert. Pour une semaine, ils vont prendre des vacances dans un gîte en pleine campagne montagnarde. Une déconnexion totale d'avec leur quotidien et un seul lien à la vie active et familiale ; le téléphone.

Un récit du genre quotidien...

On retrouve ici l'une des ficelles essentielles de la BD de genre quotidien : le groupe de copains. Forcément, tous ont des caractères bien trempés mais radicalement opposés. On a le gaucho-lourdo, le glandeur barbu, le commercial stressé et râleur, l'écrivain portugais et le cocu négligé. Des personnages hauts en couleur que l'on peut caractériser très facilement. Une constante dans le genre. On retrouve les bons moments de rigolade et de complicité, ainsi que les petits problèmes d'organisation ou de cohabitation. Quand on n'est pas particulièrement amateur du genre quotidien, on peut être agacé par cette série de stéréotypes et trouver l'enchaînement des paroles et des événements irritable car irréel, fantasmé. C'est bien le jeu paradoxal des albums du genre : faire s'identifier les lecteurs, les faire rêver, à partir de personnages et histoires proches en surface de la vie réelle.

... mais doté d'un suspense progressif

Mais Quelques jours avec un menteur n'est pas un album sans fond. Une réelle intrigue, pressentie dès le titre, vient étoffer un récit qui n'aurait pu être qu'une grande succession de souvenirs amicaux. Dès la couverture, on comprend que cette histoire sous entend un suspense. Lequel de ces cinq gaillards est le fameux menteur ? Davodeau évite le récit quotidien sans enjeux et fait passer son histoire du bon au très bon, en générant un suspense qui va crescendo. Le lecteur se pose de multiples questions, les fausses pistes fonctionnent et, ultime qualité, sur un espace de 175 pages, Davodeau arrive à étoffer ses cinq personnages typés et à leur attacher un passé, des angoisses, des nuances... Bref, un contenu.


On parlera plus justement de Quelques jours avec un menteur en le qualifiant d'album intimiste plutôt que de récit quotidien. De l'humour, des thèmes de la vie de tous les jours, mais aussi une réelle construction au niveau de l'intrigue. Une ambiance détendue mais un suspense grandissant, en filigrane.


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