Dans l'histoire de la bande dessinée, le magazine Pilote occupe une place de tout premier ordre. Astérix, Iznogoud, tout ça, mais aussi la Rubrique-à-Brac (que nous appellerons affectueusement RAB pour ne pas user le clavier plus que de raison) de Gotlib le magnifique. Ce dernier ne sortit pas la RAB d'un chapeau, n'en déplaise à la jolie couverture de Zep pour l'album dont il est question ici, mais la développa à partir des Dingodossiers qu'il dessinait précédemment sur les scénarios de René Goscinny. En peu de temps bien sûr, il s'appropria avec le talent et la folie douce que l'on sait la série commencée en janvier 1968, créant des personnages aussi insensés que la coccinelle (un animal rouge à pois noirs que Lovecraft lui-même n'aurait pas osé concevoir), Isaac Newton (un mec qui trouve la loi de la gravitation en recevant une pomme sur la tête, Philip K. Dick s'en est bouffé les roustons de jalousie), ou encore Marcel Gotlib, sorte d'humanoïde binoclard au physique si improbable qu'on se demande vraiment où l'auteur a bien pu aller le pêcher. Tout ce petit monde nageait dans un salutaire océan d'absurdité ne répondant qu'à très peu de règles narratives. Et quand il leur répondait, c'était pour leur dire des grossièretés. Quarante ans de bédétistes, d'humoristes et d'artistes au sens le plus général ont été influencés de façon plus ou moins avouée, plus ou moins directe par ce tourbillon. Depuis, Gotlib a fondé l'Echo des Savanes, puis Fluide Glacial, a pris sa retraite, puis en est sorti il y a un an et demi pour reprendre le scénario de Superdupont (dont le prochain album sort donc le 
Par Edikamois prochain). Et pendant qu'il effectue ce come-back inespéré, Dargaud rassemble en cachette quelques auteurs pour lui faire une surprise-party destinée à célébrer les 40 ans de la RAB.
« Quelques auteurs » est un euphémisme, puisque 34 zigotos se sont bousculés pour venir rendre hommage à la Rubrique culte. Autant dire qu'en à peine 60 pages, ça frise l'embouteillage ; et comme toujours dans ce type d'entreprise, il y a presque autant à jeter qu'à prendre... Mais l'ensemble file quand même moins de boutons que de rides aux yeux, et on trouve même deux-trois perles qui justifierait presque qu'on recommande l'objet. On notera tout de même avec un sourcil circonspect que ce genre de produit, aussi sincère que soit la démarche des auteurs présents à l'intérieur, flaire quand même le coup marketing de la part de l'éditeur : la signature de Gotlib étalée en grand sur la tranche, un titre facile à confondre avec la vraie Rubrique-à-brac, et l'ensemble paraît prêt à crever les plafonds des ventes sans se forcer, et surtout sans contenir une planche ni même un mot de la main de M.G. Les quelques bonnes contributions que l'on trouve à l'intérieur ne justifient pas complètement un procédé aussi douteux.
On remarque trois démarches différentes chez les auteurs invités ici, que l'on détaillera ainsi :

Tout ceci ne nous dit pas si Rubrique abracadabra est une escroquerie ou une pièce à ajouter à la collection. Disons que si vous n'avez pas encore les œuvres complètes de Gotlib, cet hommage ne devrait pas être votre priorité. Maintenant, si vous avez déjà tout, vous pouvez toujours vous offrir cet amusant bonus...
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riffhifi
Bien