Ruptures

Critique par iscarioth - le 28/05/2006 couverture de la bd Ruptures
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Monsieur Binny
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La complexité humaine et le mal-être qui en découle

Ruptures est une « nouvelle graphique » d'une cinquantaine de pages racontant une histoire d'amour. Un couple qui se forme puis vit de manière peu conventionnelle. L'histoire se place loin des clichés de la cristallisation amoureuse et de la déification. L'amour est ici développé comme un sentiment instable car humain. Nous sommes avant tout malmenés par nos sentiments, nos peurs et nos exigences sur la vie. On peut admettre - et la lecture de Ruptures le démontre bien - que nous vivons tous plus ou moins par procuration. Richard Binfield, le personnage principal de l'album, se réfugie constamme01nt dans les livres qu'il collectionne. Des livres usagés, qui ont beaucoup vécu, qui sont annotés, gribouillés, commentés. L'objet livre se fait alors le prolongement matérialiste de l'individu. Sa compagne Debby est exigeante jusqu'au mépris et à l'égoïsme. Sa vie doit être parfaitement bien rangée, quitte à dissimuler un gros foutoir derrière la porte fermée d'un placard. L'insatisfaction est un sentiment universel chez l'homme, très bien abordé ici. Sur un autre ton et support, mais sur le même thème, on citera la série Nip/Tuck, qui développe dans ses deux premières saisons la frustration permanente de chaque individu qui réfléchit et critique sa propre vie.

L'aventure quotidienne

C'est donc l'homme qui est au centre de cette nouvelle. Pas le héros, ni l'aventurier, mais l'homme de tous les jours. Pour sa forme comme pour son fond, Ruptures renvoie franchement à notre Monsieur Jean national. On constate tout d'abord au feuilletage que le style d'Andi Watson se rapproche beaucoup de celui de Dupuy et Berbérian. Des visages réalisés en quelques traits furtifs qui génèrent pourtant une très forte expressivité, des silhouettes et arrières plans très stylisés et ép37550.urés. Ruptures est réalisé en noir et blanc, et un gros travail a été effectué de la part de l'auteur sur les effets de lumière et de mise en scène. Toute une palette de gris permet de nuancer chaque vignette. Andi Watson, au fil des albums, a fait évoluer son trait au maximum dans l'intérêt de la narration. « Je pense que l'abondance de détails était une manière de dissimuler mes faiblesses, mon manque de technique » explique l'auteur au site du9.org. A la lecture de Ruptures, on ne sent peut être pas un auteur arrivé au sommet de son art, mais au moins à maturation.

Ruptures est une lecture très agréable, appropriée pour aborder l'oeuvre d'Andi Watson, qui compte déjà trois projets personnels dans sa bibliographie (Breakfast Afternoon chez Casterman, Slow News Day et Ruptures chez Ca et là). Rendez-vous à la rentrée 2006 pour découvrir, en version française, son dernier album, Little Star.


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