Le Sang des voyous

Critique par iscarioth - le 06/09/2006 couverture de la bd Le Sang des voyous
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Dernier jour avec un tueur
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Des couples fameux, mythiques, il en existe partout : au cinéma, à la télévision, en musique, mais aussi en bande dessinée. Loustal et Paringaux font parti de ces doublettes dessinateur/scénariste atypiques, dont on attend en nombre et avec impatience la nouvelle oeuvre. C'est en 1997 que Loustal et Paringaux touchent le sommet de leur art, avec la parution de l'album qui restera peut être à retenir comme leur chef d'oeuvre : Kid Congo. Plus de soixante-dix pages du récit de vie et de mort d'un couple. Avec Le sang des voyous, Loustal et Paringaux s'attaquent à l'histoire d'un tueur sur le déclin.


Les histoires de Loustal et Paringaux ont toujours été très dures, parfois même fort ensanglantées, mais c'est la première fois que le duo s'attaque aussi franchement au genre thriller, voir même serait-on tenté de dire, au genre psychokiller. Car Le sang des voyous nous fait pénétrer dans les tourments d'un tueur sur le déclin. Se décomposant peu à peu, s'injectant de la morphine pour résister à la mort qui le gangrène, Louis le tueur doit donner la mort à encore quelques personnes et surtout, retrouver la trace de sa fille avant de rendre l'âme. Le récit est forcément très sombre et sauvage, et le couple Loustal/Paringaux n'a vraiment plus besoin de faire ses preuves dans le domaine de la dureté. Pourtant, on est moins éprouvé par la lecture du Sang des voyous que par celle de Kid Congo, alors que le genre thriller se prête à la base mieux au malaise. Le personnage principal, Louis, est un cadavre ambulant, et donne bien le ton du récit : glaçant, terrifiant mais moins perturbant et fort que ce à quoi l'on s'attendait.


Le dessin de Loustal, même s'il reste parfaitement reconnaissable, se fait plus nerveux mais moins agréable à l'oeil. Jusqu'à présent, la coloration était très nuancée. Avec Le sang des voyous, les dégradés de couleur et zones d'ombre sont remplacés par des griffures au crayon de bois. Visages et corps ont moins de caractère et de finition. Le caractère empêche ici une certaine fluidité graphique, ce qui n'était pas le cas jusqu'à présent. On relève même quelques planches en dessous du niveau d'autres (la claque, page 19). Les décors aussi déçoivent par leur coté très sommaire et gribouillé (page 54). La narration Loustal/Paringaux est aussi quelque chose de très atypique qui ne dérangeait pas jusqu'à présent mais qui commence à faire défaut dans une histoire thriller comme celle-ci. Dans les albums du duo, il y a une double narration : écrite et visuelle. A la manière des anciens, les auteurs réexpliquent ou complètent ce que l'on voit à l'image par des encadrés de texte, qui développent les sensations du personnage de manière plus approfondie et littéraire. Ces encadrés de grande qualité expressive donnent de la profondeur aux albums de Loustal et Paringaux mais sont parfois dérangeant sur ce projet. Lors de scènes d'action ou d'accélération, le rythme de lecture ne peut pas prendre en vitesse en conformité avec les enchaînements rapides exposés. Les deux gros exemples de l'album sont l'attaque du restaurant asiatique et la poursuite des policiers à moto. Le lecteur est pressé de découvrir l'enchaînement visuel, de connaître la suite des événements, de tourner les pages, mais sa lecture est handicapée par des blocs de textes qui jurent avec la furtivité des événements rapportés.


Les fans de Loustal et Paringaux sauront y trouver leur compte, les deux auteurs ne déçoivent pas totalement et continuent dans le style qu'on leur connaît. Le sang des innocents se montre toutefois largement en dessous de ce dont le duo s'est montré capable de réaliser, notamment avec Kid Congo. Le thriller est peut être un genre trop peu adaptable à leur système narratif si particulier et décomposé.


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