Abandonnée

Critique par riffhifi - le 10/06/2007 Affiche du film Abandonnée
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Histoire de fantômes russes
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Nacho Cerda est un inconnu. Inconnu pour le grand public en tous cas, car sa filmographie ne comptait jusqu’alors que des courts métrages remarqués en festival (notamment The Aftermath). Ayant galéré quelques années avant d’obtenir les fonds nécessaires à son premier long métrage, le jeune espagnol réussit finalement à convaincre la société Filmax (à laquelle on doit The Machinist) de produire Abandonnée, écrit d’après le scénario The bleeding compass du canadien Karim Hussain.

Américaine mais d’origine russe, Marie a pour nom de baptême Milla. C’est d’ailleurs tout ce qu’elle connaît de son passé, jusqu’à ce qu’un notaire russe lui révèle, à 42 ans, que sa mère lui a légué une maison perdue dans la forêt. Marie décide de s’y rendre pour explorer le mystère de sa jeunesse. Mais si c’est le passé qu’elle cherche, c’est le passé qu’elle trouvera…

Dans la moisson récente et à venir de films d’horreur (Hostel 1 et 2, La colline a des yeux 1 et 2, Wolf Creek, …), celui-ci se distingue par deux éléments essentiels : d’une part les héros n’y sont pas une bande d’ados décérébrés mais un duo de quarantenaires riches de vécu ; d’autre part la menace qui les guette n’est pas incarnée par un croque-mitaine ou une légion de sadiques mais par leurs propres doppelgangers, source de l’intrigue la plus prenante et la plus intéressante vue ces dernières années dans le genre. Et si vous ne savez pas ce qu’est un doppelganger, vous avez le choix entre le dictionnaire des mythologies et le cinéma le plus proche.

Bien que le scénario constitue sans doute l’atout majeur du film (et soit d’une intensité qui laisse supposer que le réalisateur a de puissants démons personnels à exorciser), il ne faudrait pas pour autant oublier d’en évoquer la réalisation admirable. Sans esbroufe inutile, Cerda installe un climat d’angoisse dans un décor superbement délabré qui participe à l’intrigue à tout instant. Il explique à ce sujet : « Nous avons tout fait en studio. J’ai embauché le type qui a bossé sur l’Enfer des loups. Nous avions été emballé par son travail. Je lui ai dit au début du tournage que je voulais que le film ressemble à un souvenir. Un vrai lieu, où la vie aurait existé. Il était très important pour le personnage que tout cela sonne juste. » *
Les jeux d’éclairage et les ombres portées laissent régulièrement deviner des formes inquiétantes qui s’effacent aussi rapidement qu’elles sont apparues, et les scènes choc sont d’une efficacité terrifiante. Le mérite en revient en grande partie au chef opérateur Xavi Gimenez, qui dut innover en matière d’éclairage pour conférer au film la noirceur qu’il exigeait.

Un bon moment de flipette dont on ne sort ni indemne ni idiot, c’est assez rare pour ne pas être boudé. Mais soyons clair : Abandonnée n’est pas conseillé aux cœurs fragiles…


* Source : Mad Movies n°197 de mai 2007

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