Les chèvres du Pentagone

Critique par riffhifi - le 11/03/2010 Affiche du film Les chèvres du Pentagone
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Pour son premier long métrage en tant que réalisateur, l'acteur Grant Heslov (habitué des seconds couteaux, il s'est surtout fait remarquer il y a douze ans en réalisant le court métrage Waiting for Woody) a réuni un casting de rêve : George Clooney (avec qui il a coproduit Good night and good luck et Jeux de dupes), Ewan McGregor, Jeff Bridges et Kevin Spacey. Un quatuor dont on retient essentiellement les deux premiers éléments, embarqués dans un numéro de
duettistes cocasse... en pleine guerre irakienne.

Bob Wilton (McGregor), journaliste plaqué par sa femme, décide de partir en Irak pour y dégotter une histoire à raconter, et cesser de penser à la cruelle. Il était loin de penser qu'il rencontrerait Lyn Cassady (Clooney), retraité des forces spéciales ultrasecrètes désignées sous le nom de "guerriers Jedi". Leur particularité : ils ont été formés à développer leurs pouvoirs paranormaux : clairvoyance, suggestion, invisibilité... dissiper les nuages par la seule force de la pensée... tuer des chèvres en les regardant dans les yeux... traverser les murs et les objets... Tandis que les deux hommes traversent le désert pour remplir une mystérieuse mission, Wilton en apprend davantage sur le programme initié vingt ans plus tôt par Bill Django (Bridges), un militaire peace-and-love qui faisait l'apologie de l'amour, de la drogue et des fleurs...

Basé, nous dit-on, sur des faits réels (plus exactement, on nous avertit que « plus d'éléments sont réels que ce que l'on pourrait croire »), Les chèvres du Pentagone semble d'abord s'engouffrer dans la voie de la dénonciation d'une certaine naïveté du peuple américain. Dans la lignée des expériences de la zone 51, dont on ne saura jamais trop la teneur exacte, l'entraînement d'une unité "paranormale" est une légende urbaine qui alimente à la fois la théorie du complot (on nous cache tout, on nous dit rien) et l'image d'une administration prête à inclure une certaine extravagance dans ses pratiques en dépit de tout sérieux (on se souvient du Star Wars de Reagan). Pourtant, l'équipe formée par le personnage de Jeff Bridges
(également à l'affiche de Crazy Heart actuellement, pour lequel il vient de remporter l'Oscar du meilleur acteur, il était temps) s'avère irrésistiblement sympathique, avec sa volonté de faire une guerre préventive, en remplaçant globalement les armes par du rêve. Même le personnage de "méchant" incarné par Kevin Spacey (c'est sa spécialité) paraît bien inoffensif, et participe à la bonne humeur générale d'un film finement écrit. Il y a notamment un plaisir de cinéphile pervers à voir Ewan ‘Obi-Wan' McGregor (re)découvrir la "Jedi attitude" au travers des cours du soir que lui dispense un Clooney aux yeux exorbités. Ce dernier, toujours prompt à pratiquer l'autodérision, démontre qu'il arbore la moustache façon Magnum avec autant de naturel que le modèle Cary Grant, et rappelle s'il était besoin que l'humour n'exclut pas l'émotion, que le personnage le plus ridicule garde en lui des ressources inattendues.

Malgré une réalisation plan-plan qui empêche le film de décoller du stade de l'aimable comédie, Les chèvres du Pentagone reste une bien agréable surprise, pétillante et originale, portée par d'excellents acteurs et un scénario malicieux, et se boit comme du petit lait. De chèvre.


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