J'ai trouvé ce film très intéressant, surtout dans sa manière de traiter de l'inhumanité au travers aussi bien d'un tueur à gage que d'un banal chauffeur de taxi cloîtré dans son quotidien. S'il y a un bon et un gentil dans ce film, il n'y a que des victimes, les hommes, habitants insignifiants d'une ville (Los Angeles) imposante, écrasante (faites attention aux plans qui mettent en évidence le contraste entre le gigantisme monstrueux de la métropole et la petitesse des hommes qui l'habitent - les plans de la ville ne sont pas descriptifs, innocents à mon avis -, au cadrage et à la mise au point toujours en faveur de l'inerte plutôt qu'à celle des hommes). Le flou des scènes montrant la masse grouillante des hommes sert à gommer les identités respectives de chaque individu en transformant ces derniers en créatures insignifiantes et interchangeables.
J'ai aimé la façon dont le tueur à gage, Vincent, joue presque le rôle de mentor pour le chauffeur de taxi, Max, en lui faisant ouvrir les yeux sur la finitude de sa condition humaine. Max représente d'ailleurs une sorte d'antithèse de Vincent, une incarnation de la petitesse de l'homme, c'est pourquoi ce dernier va s'attacher à le détourner de son quotidien morose. C'est la raison pour laquelle à mon avis il s'y attache - ou tout du moins l'épargne -, tel qu'on s'attacherait à son contraire en voulant le rallier à sa cause. Vincent représente à mon sens la tentation, le péché, le serpent qui veut corrompre la vie bien réglée d'un chauffeur de taxi qui se complait dans sa médiocrité et son quotidien déprimant.
La toute fin, dans le métro, m'a d'abord un peu déçu. Ca fait un peu trop "gentil qui tue le grand méchant". Mais en y réfléchissant, j'apprécie le renversement psychologique qui s'y opère : le tueur à gage, voulant auparavant échapper à la finitude de sa condition humaine, à un quotidien banal auquel est habitué le chauffeur de taxi ainsi que tout autre habitant de la métropole qu'il a en exécration (une sorte d'entité je cite "tentaculaire" qui emprisonne, étouffe ses habitants telle une pieuvre), et bien ce "tueur de routine" va finalement être pris dans les rêts de ce propre destin et retourner à la condition de tous les hommes : résigné, impuissant, il est celui qui va vouloir rester dans le métro, ignoré des siens, tombant dans la normalité de son existence insignifiante. Il succombe à une quasi fatalité intérieure digne des héros des tragédies grecques. Voulant échapper au triste sort des hommes, il est contraint d'admettre la petitesse de sa condition humaine en voyant son destin funeste se révéler à lui; il s'assied alors à une chaise du métro et retombe dans la banalité, son "insignifiance" en tant qu'étre humain, il retourne ainsi dans le commun des mortels, le "droit chemin", ce qui me fait penser à une sorte de rédemption quasi forcée. Comme s'il voulait recouvrer son "humanité", humilité avant de mourir.
Ouais. Super, vraiment... J'adore les films noirs de ce genre ... Mann continue de m'épater...Je crois que c'est digne d'une tragédie grecque...la fatalité intérieure et tout...Super !
Action et philo mélangées !
Polar assez banal, qui se différencie par l'interprétation remarquable de Jamie Foxx et Tom Cruise. On ne s'ennuie guère, certes, mais que de clichés !!! - une myriade pourrait-on dire, avec une psychologie au ras des pâquerettes...
N'en demeure cette jolie scène d'un coyote traversant une rue déserte de LA. Du fantastique au quotidien... et puis on oublie cette oeuvrette de seconde zone.