Enfances

Critique par riffhifi - le 15/05/2008 Affiche du film Enfances
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Petite passion deviendra grande
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Projet original et séduisant initié par Yann Le Gal, Enfances est composé de six segments retraçant chacun un événement marquant de l'enfance d'un réalisateur célèbre de l'histoire du cinéma. Pas de falbala, pas d'introduction grandiloquente ni de conclusion sentencieuse. Juste six segments, construits identiquement mais réalisés par différentes personnes. Forcément, si on ne connaît pas les zouaves, on s'intéresse moins à ce qui a pu leur arriver, et comme tous sont morts et enterrés, leurs derniers films datent de bien avant Transformers ou Harry Potter. Ce qui explique sans doute pourquoi, le jour de sa sortie, je me suis retrouvé dans une Le petit Alfred
Le petit Alfred
salle entièrement vide...

Fritz Lang, Orson Welles, Jacques Tati, Jean Renoir, Alfred Hitchcock, Ingmar Bergman. Un Autrichien, un Américain, deux Français, un Anglais et un Suédois. Chacun possède une personnalité propre, un caractère probablement forgé en grande partie dès l'enfance. C'est ce que s'attache à démontrer le film, sans lourdeur inutile, en racontant pour chaque enfant une historiette fondatrice, élément déclencheur ou anecdote symptomatique de la naissance d'une personnalité. L'ordre choisi ne l'a pas été en fonction de la chronologie, ni même d'une gradation dramatique, mais plutôt de façon à former des paires : les deux premières histoires sont tristounes, les deux suivantes plus légères et les deux dernières plutôt violentes ; les deux premières parlent d'accepter la réalité, les deux suivantes de forger son propre caractère et les deux dernières d'affronter une personnalité "maléfique" ; dans chaque paire, une des histoires montre un enfant globalement passif et l'autre un enfant plutôt actif. De cet échantillonnage judicieux, on peut tirer les conclusions que l'on veut, le film reste intelligemment ouvert et se contente de montrer. A ce titre, on pourrait presque regretter que deux des six segments prennent le parti casse-gueule d'être des mini-films "à la manière de" au lieu d'être réalisé aussi sobrement que les autres. Mais on se gardera bien de le faire... pour la bonne raison que ces deux séquences sont probablement les meilleures ! Ainsi, le jeune Tati qui trimballe sa carcasse dans un environnement partiellement animé, dans une géométrie visuelle et une Le petit Jacques
Le petit (!) Jacques
hypertrophie de sons typiques du réalisateur qu'il deviendra, et l'angoisse du petit Hitchcock dans un manoir en noir et blanc où il vit un avant-goût de Rebecca et de Psychose en l'espace d'une soirée sont les points hauts d'un film qui peine dans ses autres morceaux à insuffler autre chose qu'un peu de nostalgie.

SI le casting adulte compte quelques jolis noms comme Julie Gayet ou Elsa Zylberstein, on appréciera évidemment surtout le talent des enfants acteurs, qui n'évitent pas toujours aux dialogues l'écueil de l'artificialité mais s'en tirent globalement avec les honneurs. Le plus gros reproche qu'on puisse faire au film, finalement, c'est de manquer de souffle et d'ambition dans son propos ; mais sa modestie est aussi sa qualité première. Une initiative à saluer, et à aller voir fissa avant qu'elle ne disparaisse des affiches pour cause de fréquentation injustement maigre...


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