La Fleur du mal

Critique par Selena - le 15/03/2003 Affiche du film La Fleur du mal
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Chabrol nous brosse, à rebrousse-poil, un film-portrait d'une famille bourgeoise " bien sous tous rapports ", poursuivie par des secrets de famille qui la gangrènent insidieusement mais sûrement.

La famille Charpin-Vasseur, famille bourgeoise bordelaise s'unit pour le meilleur et surtout le pire depuis trois générations entre eux. Forcément, ça laisse des traces (de sang ?).
Le fils (François Vasseur) revient des Etats-Unis, après trois ans d'absence, et retrouve sa cousine et belle-soeur (Michèle Charpin-Vasseur) pour laquelle il a toujours des sentiments. En cela déjà, il perpétue la tradition incestueuse de la famille.
Le père (Gérard Vasseur) est un sale type, chaud lapin, antipathique et pathétique.
La mère (Anne Charpin-Vasseur) entame une campagne électorale au moment où un tract calomnieux circule en ville, remettant au goût du jour une sombre histoire familiale datant de la seconde guerre mondiale. A la libération, on avait accusé la grand-mère (Micheline Charpin dite "Tante Line") d'avoir tué son père, collabo de son état, retrouvé mort dans la demeure familiale.
La maison est l'essence même du microcosme famillial, serre d'incubation des passions, cage dorée pour le libre-arbitre de chacun, et malle poussiéreuse aux secrets. Tout sent le renfermé. Comme le dit Tante Line « Le temps n'existe pas. C'est un présent perpétuel » dans lequel la famille est prisonnière. Par ses unions internes, elle est restée fermée à l'extérieur, elle est restée imperméable aux changements et à la différence. La mêmeté, la continuité et l'immuabilité fondent cette famille qui est au bord de l'implosion sous le poids des non-dits et du marasme.
A ce sujet, Chabrol parle de « la transmission de la répétition dans la bourgeoisie provinciale». « Les personnages sont d'une effrayante normalité. S'il n'y avait pas de crime, peut-être n'y aurait-il rien à raconter, puisque rien ne change. »
Il nous montre sans sympathie, ni antipathie : une famille presque ordinaire (reflet de la société même) ni meilleure, ni pire que d'autres.

Personnellement, j'ai trouvé le film agréable à regarder, mais un peu mollasson, comme si le film lui aussi était pris au piège du temps qui stagne et se répète. Amateurs de film dynamique et d'action, vous allez probablement vous enliser et vous ennuyer !!! De plus, l'intrigue est un peu trop explicite et sans surprise, et on reste sur sa faim sur la fin.
Cependant, dans ce Sud-Ouest chabrolisé, on peut y déguster de nombreux dialogues savoureux, et pleins d'esprit. A souligner : la scène mémorable de la visite de racolage électoral d'Anne Charpin-Vasseur dans un HLM, où le cynisme et la mesquinerie des politiciens prennent tout leur sens et leur ampleur (un extrait : "Plus les gens sont pauvres, plus les chiens sont gros et méchants.")
Parmi les talentueux acteurs, une remarque particulière pour la présence lumineuse de Mélanie Doutey déjà "découverte" dans Le frère du Guerrier.
Enfin, on ne peut pas reprocher grand chose à la qualité de la mise en scène de Chabrol, si ce n'est quelques maladresses comme les micros dans le champ, et des clichés redondants (même si certains clichés ne sont peut-être pas si loin de la réalité).


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