Les insoumis

Critique par riffhifi - le 13/06/2008 Affiche du film Les insoumis
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En France, on a trois spécialités alimentaires : le camembert, le gros rouge et la baguette de pain. Et trois spécialités cinématographiques : le film d'auteur misérabiliste, la comédie populaire et le polar. Les insoumis appartiennent à la troisième catégorie, sans pour autant qu'on y trouve la fulgurance d'une inspiration révolutionnaire.

Le commandant Vincent Drieu (Richard Berry), malgré son apparente nature de superflic, est muté dans un commissariat miteux au fin fond de nulle part. Les policiers du coin sont tellement blasés qu'ils ne songent même pas à faire leur métier, privés qu'ils sont de moyens d'action et de légitimité. Mais Drieu ne l'entend pas de cette oreille, et ses tourments personnels ne l'empêcheront pas de
"J'en ai un grand !"
redonner le goût du travail bien fait à ses p'tits gars.

A l'origine du projet, il y a un scénario de Olivier Dazat, à qui l'on doit Le vélo de Ghislain Lambert mais aussi Astérix aux Jeux Olympiques. Son ambition était de puiser à la fois dans une certaine réalité (il s'inspire de ) et dans le style western urbain pratiqué notamment par John Carpenter dans Assaut. Un projet ambitieux mais pas forcément judicieux. Claude-Michel Rome, le réalisateur, tourne ici son premier film pour le cinéma, après une décennie de productions télévisées.

Le film attaque très fort, avec la scène d'évasion de Abel Vargas (Gérald Laroche) : violent et efficace, ce pré-générique donnait bien envie de se caler au fond du siège pour apprécier 1h40 de polar noir qui dépote. Las, la désillusion est rapide ; si Richard Berry parvient à convaincre en vieux briscard tourmenté, on ne peut malheureusement pas en dire autant de ses partenaires : Pascal Elbé flotte dans un rôle alambiqué qu'il peine à rendre crédible, Aïssa Maïga est adorable mais n'a pas l'air d'un flic un seul instant, et Zabou Breitman investit un personnage mal écrit à l'aide d'une interprétation approximative. Quant à Aure Atika, elle rentre ici dans la catégorie "tapisserie". L'histoire, de son côté, aligne les poncifs avec un aplomb qu'on ne croyait plus possible, jusqu'à la découverte
"C'est pas la longueur qui compte,
petit... Regarde, moi j'en ai un gros !"
ébouriffante de l'identité du "méchant" (attention spoiler : c'est celui qui se frotte les mains depuis le début en ricanant et en disant « vous reprendrez bien un verre de pot-de-vin ? »). Au niveau du ton, malgré l'aspect bancal du louvoiement entre réalisme grinçant et actioner déraisonnable (ah, ce final westernien apocalyptique !), on parvient à se sentir à l'aise dans le récit, jusqu'à prendre du plaisir dans le défouraillage final où Berry se prend pour Clint Eastwood. Mais honnêtement, à ce stade, on se contrefout de ce qui peut arriver aux personnages, et on ricane devant les révélations à deux ronds égrenées au cours des dernières minutes.

Mal écrit mais bien filmé (malgré un montage un peu erratique par moments), Les insoumis ménage deux-trois scènes correctes et offre un rôle sur mesure à Richard Berry. Mais il n'y a pas de quoi s'arrêter au cinéma sur le chemin de la boulangerie, sauf peut-être pour regarder l'affiche qui constitue le meilleur atout du film...


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