La nuit du chasseur

Critique par Kassad - le 19/10/2005 Affiche du film La nuit du chasseur
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9/10
Love vs Hate
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En cinquante ans le cinéma, et les spectateurs, ont presque autant évolué que l'informatique. Tout va plus vite, plus haut, plus fort, plus loin. Les codes cinématographiques sont tellement intégrés qu'en un quart de seconde un spectateur moyen du XXI° siècle en comprend plus qu'un des années 50 en quelques minutes. C'est ce qui rend les productions de cette époque difficilement regardables (faites le test avec un film d'action genre pirate ou western, voire, encore mieux, avec un film d'espionnage) pour nous. Pourtant certains joyaux sortent du lot et semblent être en dehors du temps. La nuit du chasseur en fait partie.

Harry Powell est un prêcheur, il parcourt le sud des États-Unis avec une insouciance affichée. Elégant, affable et charismatique il a tout pour inspirer confiance, ne serait-ce les mots "HATE" et "LOVE" tatoués sur ses phalanges. Alors qu'il est de passage en prison il apprend de son codétenu qu'un magot est caché et que seuls ses deux enfants savent où exactement. En sortant du pénitencier, H.P. (non pas Harry Potter mais bien le sombre Harry Powell) décide de leur rendre visite...

L'action se déroule dans les États-Unis de la dépression de 29 : à mi chemin de la modernité et de la conquête de l'ouest (par instant on pourrait aussi bien se trouver dans un western), dans un monde qui se cherche. H. P., interprété magistralement par Robert Mitchum, se cherche lui aussi : on sent bien qu'il a un certain sentiment religieux mais aussi qu'il a sa manière à lui d'interpréter les écritures (se voit-il comme le bras armé de Dieu ?), notamment avec son cran d'arrêt. Cela ne fait que le rendre plus effrayant encore : on ne peut s'empêcher de craindre ce qui se cache derrière car il est clair que tout dans son apparence n'est qu'un leurre.

Ce film montre qu'avec peu de moyens (pas de courses poursuites ou d'effets spéciaux sophistiqués bien sûr) on peut faire peur. On ne voit rien d'explicite, mais le simple fait d'entendre H.P. appeler les enfants avec sa voix mielleuse suffit à vous faire frissoner (scène mythique reprise de manière humoristique dans C'est arrivé près de chez vous). L'intelligence du scénario et son interprétation en font un film noir incontournable. Mais, et c'est là où l'on reconnait le génie de ce film, on ne peut le restreindre ce film à un unique genre. La beauté de la photographie, des moments de poésie et une peinture sociale d'une amérique à la dérive en font un film complet qui n'a presque pas pris de rides en un demi siècle.


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