

Il est certains films qu'on a du mal à catégoriser mais pour lesquels la facilité de critique est suffisante à écrire plusieurs pages... ou pas... enfin si on en a envie. Il faut dire qu'après la première vision on n'a pas franchement envie d'en parler car l'expérience est assez traumatisante. Puis on se dit que sans le partage l'inculture reste de l'inculture alors qu'elle pourrait être tellement plus... Alors que certains voudront sûrement jeter la galette dans les profondeurs d'un volcan éveillé pour être sûr que même un aventurier fou ne puisse un jour la retrouver, certains voudront continuer à se faire mal et désirerons disserter sur le sujet. Il faut dire ce qu'il en est, ce film est mauvais. Je m'étendrais sur la partie musicale qui accompagne le concept visuel (en bonus sur le DVD) un peu plus tard mais il faut garder un peu de place pour le dessert, surtout quand le plat de résistance est lourd et long a digérer.
Commençons par l'histoire. Statross Reichmann est un jeune homme bisexuel et métissé au prénom imprononçable dont l'origine et l'éducation sont plus que douteuses. Le jeune homme est d'un calme étonnant pour une situation initiale aussi désespérante. Rajoutez à ce tableau le fait que son père l'a violé toute son enfance et vous obtenez... un jeune homme perturbé. Ce doit être la raison de son amour pour Hans, un jeune homme fasciste pur produit du mouvement néo-nazi. Mais la relation pose problème à chacun d'eux et à l'univers ainsi qu'au spectateur.
Partons de là pour nous promener dans la forêt de la solitude où des plans interminables et un bruit de végétation silencieuse nous permettent à notre tour de devenir feuillus et inertes, presque endormis. Sans vouloir charger l'ambiance, une voix sort de cet enfer de verdure pour nous dévoiler les charmes vocaux de l'auteur sur une musique de piano errant. Le jeu de ce dernier est presque authentique en comparatif de ses autres acteurs. Certains sont clairement plus qu'amateurs et détonnent avec le bon goût. Le bon goût lui aussi finit par s'en aller au bout de 10 minutes et le réalisateur commence à nous montrer des scènes d'amour homosexuelles auxquelles on ne croit pas une seule seconde. Nous n'avons d'ailleurs aucune preuve de la bisexualité du personnage si ce n'est par le fait qu'il est marié dans le premier Opus dont la bande annonce laisse présumer d'une préquelle au désastre qu'est le numéro deux. Au cours des 52 minutes du film on ne trouve l'un dans l'autre aucun sens réel de lecture.
Les personnages principaux pourraient être crédibles sans le reste. L'atmosphère est parfois oscillante mais trop souvent absente et le travail de caméra un peu trop propre du numérique, s'il aide parfois à rendre les couleurs belles nous enlève tout le grain nécessaire aux pseudo moments d'angoisse. La partie slasher psychologique du film est malheureusement lamentable. L'un dans l'autre il n'y a pas grand-chose à garder pour faire un film. Si seulement il s'était agi d'une comédie on aurait pu beaucoup rire mais la puissance dramatique des états d'âmes des personnages nous donnent envie de crier en pleurant : nous voulons rester vivants.
On sera particulièrement déçus de toute la partie sexuelle du film qui n'apporte vraiment aucune amélioration à la forme. On ne peut même pas considérer celle-ci choquante tant elle est énervante. Les plans de pénis sont trop nombreux et la sensualité voulue est totalement absente. On ne retrouve de la brutalité animale qu'à un moment peu propice puisque c'est celui au Statross fait la vaisselle et s'apprête à essuyer les torchons.
Si on peut apprécier certaines couleurs et quelques plans intéressants, il n'y a pas grand-chose d'autre que la lenteur et la mort de l'âme qui sont très certainement des partis pris mal exploités par l'équipe. Le problème majeur du film amateur en général et de celui-ci en particulier est qu'il ne peut pas décoller sans acteur de talent ou sans acteur à l'ego surdimensionné. Le réalisateur/auteur/musicien aimerait certainement plus mais il brûle les étapes de la montée en puissance créative et doit redescendre pour mieux monter. Il ne se fera pas non plus la voix des bisexuels français comme il semble le vouloir mais peut-être s'agit-il d'un jugement mal placé, auquel cas oubliez cette phrase, cette critique ou même mon commentaire qui serait nuls et non avenus si l'angle de lecture utilisé était le mauvais (lecture visuelle dans le cas du film ou littéraire dans le cas de celui qui lirait mes écrits).
Un petit bémol toutefois quand à la notion du conceptuel qui régit l'ensemble : il s'agit d'amateurisme. La note correspond donc à une incapacité de faire plus que des commentaires. Pour être plus précis, pour un film amateur on lui accordera au moins quelques points techniques (les trois quarts des films amateurs ont un son inadmissible et celui-ci n'en fait pas partie ce qui est déjà énorme) alors qu'en tant que film et sur l'échelle habituelle on ne lui mettrait pas plus d'un demi point pour le papier et l'encre. Le papier à musique coûtant un peu plus cher on accordera quelques points pour les notes en allant jusqu'à 3. Nous offrirons également un peu de sympathie à l'auteur en lui demandant de persévérer... sur le fond. Il reste de toute façon agréable de savoir que le cinéma amateur continue de vivre. Il ne faudrait pas par contre qu'il se prenne trop au sérieux sans en avoir les moyens. A suivre donc en cas d'amélioration, le potentiel étant présent.
Avis des internautes