En 2001, Ocean's eleven était un film de braquage sympathique, inspiré de l'Inconnu de Las Vegas avec Frank Sinatra. Le ton était léger mais l'essentiel était l'intrigue policière retorse et la romance subtile entre Danny Ocean (George Clooney) et Tess (Julia Roberts).
En 2004, Ocean's twelve ne capitalisait plus que sur le charisme de ses interprètes, et sur la complicité qu'ils avaient entre eux et avec le public. Perdus dans un scénario d'une vacuité invraisemblable, ils empilaient les blagues avec nonchalance entre deux apparitions de guest stars...
Le 13 devait-il se révéler le chiffre porte-bonheur de la série ou être annonciateur de catastrophe ?..
A vrai dire, les membres du gang ne sont pas plus treize dans ce film qu'ils n'étaient douze dans le précédent. Soderbergh n'a que faire des mathématiques, il a simplement trouvé une astuce pour numéroter ses épisodes de manière originale. Ici, les onze ne sont même que dix puisque Reuben (Elliott Gould), victime de la duplicité de l'homme d'affaires Will Bank (Al Pacino), s'est retrouvé ruiné avant de tomber dans un état catatonique dont il ne se réveillera peut-être jamais. La bande de Danny Ocean décide de le venger en faisant sauter la banque du casino de ... Bank (le bien-nommé).

Matt Damon, George Clooney, Brad PittL'intrigue avait de quoi inquiéter. Après un Ocean's 12 dont les enjeux étaient obscurs à la première vision et absents à la deuxième, on pouvait craindre que le fait de ruiner un casino par simple tricherie ne soit pas une activité assez excitante pour occuper deux heures de film. Curieusement, elle l'est. Fonctionnant (plus encore que le premier opus) à la manière d'un épisode de Mission: Impossible, le scénario révèle en partie la stratégie au début du film, et n'en dévoile le reste qu'au fur et à mesure, distillant les surprises jusqu'au bouquet final (qui, bien qu'échevelé, se révèle plutôt réjouissant).
Surprise également sur le ton du film, qui ne réplique pas le second degré dilettante du précédent mais renoue plutôt avec le semi-sérieux du premier : l'accent est même mis pour la première fois sur l'aspect humain des personnages, au détriment parfois de la légèreté qu'on attend de ce genre de film.

Ellen Barkin, Al Pacino, une brune treize à l'aiseCôté personnages justement, on peut regretter l'absence de Julia Roberts et Catherine Zeta-Jones, expédiée en deux lignes de dialogues dès les premières minutes, et remplacée par la pseudo-sulfureuse Ellen Barkin, vite oubliée. Et déplorer qu'un acteur comme Al Pacino en soit réduit à marcher dans les chaussures de méchant occupées par Andy Garcia dans les deux premiers films (un comble pour qui a vu le Parrain III). Mais le reste du casting fonctionne sans problème, profitant au mieux de la règle démocratique visible dans ce volet : chacun a droit à son moment de gloire en solo (souvent dans un déguisement pittoresque, comme cette fausse tête de Crispin Glover pour Matt Damon !). Comique ou pas, chaque personnage est plus ou moins gratifié d'une sous-intrigue personnelle, là où le premier film se concentrait sur George Clooney et le deuxième sur Brad Pitt. Cet équilibre général est à la fois le point fort et la faiblesse de cet Ocean's 13, qui s'attache à tous sans s'attarder sur aucun, et tente de balancer l'intrigue policière et l'humour sans trop forcer sur l'un ni sur l'autre.
Le bilan est donc mitigé pour ce qui devrait être le dernier volet d'une saga qui devrait comprendre d'elle-même les limites du concept du buddy movie à onze. Steven Soderbergh et George Clooney ont trop de talent pour le diluer paresseusement jusqu'à Ocean's 33.
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