Parlez-moi de la pluie

Critique par Nicolas - le 18/09/2008 Affiche du film Parlez-moi de la pluie
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7/10
Rain Men
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Pour une série de documentaires sur « les femmes qui ont réussi », Michel (Jean-Pierre Bacri) et Karim (Jamel Debbouze) rejoignent la maison campagnarde de la famille Vallanova, où devrait se rendre Agathe (Agnès Jaoui), l'aînée, femme politique affichant un féminisme acharné. Florence (Pascale Arbillot), la sœur, y vit avec son mari et ses enfants. Cette situation, aussi ordinaire qu'elle pourrait l'être, ne va pas se passer comme prévu, et révéler à chacun ce qui se cache derrière son masque...


" - Ici, je verrais bien une explosion...
- ... Mouais... "
Parlons du beau temps. La grande force du film sera d'une évidence commune à quasiment l'ensemble de l'auditoire : l'interprétation. Ce n'est pas comme si le duo Jaoui / Bacri n'avait pas déjà brillé dans ce registre, mais ici, il ne s'agit pas seulement d'eux mais également de l'ensemble du casting. Jamel Debbouze avait, par exemple, déjà démontré des talents de comédiens dans des films loins de son registre comique, amorcé par Angel-A de Luc Besson, confirmé par l'Indigènes de Rachid Bouchareb. Avec Parlez-moi de la pluie, le Jamel Debbouze que nous connaissions n'existe plus, mise à part une enveloppe physique aisément reconnaissable, remplacé par un comédien pure malt qui donne une superbe réplique aux deux acteurs / scénaristes. On avait du mal à l'imaginer, on en doutait presque, pourtant l'alchimie fonctionne et le tandem Debbouze / Bacri fonctionne à la perfection. Rendons néanmoins grâce à ce dernier, aussi méritant que Jamel dans un registre un peu plus humoristique qu'à l'accoutumée. Jaoui quant à elle, s'offre un rôle taillé sur mesure, parfaite dans la peau d'une féministe aux œillères gigantesques, froide et distante. L'injustice serait de mise si nous ne parlions pas de Mimouna Hadji, comédienne amateur, transcendante de justesse et d'authenticité.
L'intrigue est multiple, mais part d'un principe simple et clairement identifiable : la place de chacun. Chaque personnage est un accidenté de la vie, n'est pas là où il imaginait / où il voudrait se trouver. Le point de départ de l'histoire, un documentaire sur une « femme qui a réussit », va mettre le feu aux poudres et révéler les cicatrices de chacun : « l'humiliation ordinaire » de Karim et de sa mère, la fibre paternelle en berne de Michel, la solitude d'Agathe, etc. Parallèlement, se développe une philosophie du « mur », où chaque protagoniste se heurte : Michel ne peut pas consommer son adultère au grand jour, Karim ne peut pas faire ce qu'il aime, Aurélie (la petite collègue de Karim, jouée par Florence Loiret-Caille) ne peut pas s'éprendre librement de son amoureux, Antoine (petit ami d'Agathe) ne peut pas vivre une histoire d'amour comme il l'entend, etc. La double problématique confère au film des allures psychologiques intéressantes sous le couvert d'une comédie « à la française » assez sobre.


"Et en tant que féministe, s'asseoir par terre
est-il une obligation ?"
Parlons du mauvais temps. Si la réalisation d'Agnès Jaoui n'est pas exempte de qualités, le rythme n'est pas sa vertu. Bien sûr, nous pourrons dire que les longs plans-séquences sont une manière de mettre en valeur le jeu des comédiens, ce qui est un argument 100% recevable, mais pour un film d'une centaine de minutes, le temps devient parfois long. L'œil aiguisé remarquera également de petites erreurs de montage, comme de nombreux faux-raccords et un ou deux micros de prise de son dans le cadre. Des petits détails, qui passeront certainement inaperçu pour la plupart.
Surtout, le duo Jaoui / Bacri déverse sa marmite de comédie dramatique dans une résolution plutôt fade et attendue, où chacun se retrouve. On ne voit même pas arriver la fin, tellement celle-ci déboule sans crier gare, tellement celle-ci respire les élans moralisateurs, ou tout du moins la propreté sentimentale, où chacun se range là où il devrait être. Et en dépit d'un aspect psychologique assez profond, reconnaissons que le trio de tête se dote d'un squelette de personnages assez communs, où se bouscule la féministe tranchée refoulant son propre aspect féminin, le fils d'immigré en proie à « l'humiliation ordinaire » donc, et le caméraman désabusé en fin de carrière.

Quoiqu'il en soit, une agréable réalisation portée par le solide scénario d'Agnès Jaoui et de Jean-Pierre Bacri, à la fois fins psychologues et acteurs de premier ordre. Il fallait au moins ça pour, enfin, extraire Jamel Debbouze de son carcan habituel et révéler le comédien qui hurlait au fond de lui.


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