Si comme moi, vous avez été déçu par Boulevard de la mort, que vous avez péri d'ennui devant ses interminables dialogues et pesté devant la paresse d'un Tarantino avare en scènes choc, ne boudez pas pour autant la deuxième moitié de Grindhouse, qui décolle la rétine avec l'efficacité d'une éponge à gratter maniée par un M. Propre dopé aux amphétamines. Et si vous avez aimé le premier (vous êtes nombreux), je persiste à penser que vous prendrez bien plus votre pied devant cette bande-ci.

Pff... Le maquillage, ça me fait une belle jambe !L'histoire, autant l'avouer tout net, tient en trois mots : les zombies attaquent. Deux mots selon certaines comptabilisations. Ce qui ne veut pas dire que le film est mal écrit, il aurait plutôt tendance à tirer le maximum de son postulat simplissime, en brossant une galerie de personnages bien typiques (la go-go danseuse, l'infirmière infidèle, son mari sadique, le shérif de Kill Bill et Boulevard de la mort) qui n'oublient pas pour autant d'être attachants. Contrairement à Boulevard de la mort qui expédiait le destin de ses personnages avec l'eau du bain, Planète terreur prend le temps de résoudre chaque sous-intrigue avec un respect qui force celui du spectateur. Robert Rodriguez connaît son affaire puisque The faculty et Une nuit en enfer fonctionnaient sur des postulats comparables et donnaient eux aussi dans la logique du nanar décomplexé.

Ainsi fond, fond, fond...Et dans le genre décomplexé, on fera difficilement mieux que Planète terreur : ouvrant les hostilités avec la bande-annonce hilarante du nanar imaginaire Machete (avec le mexicanissime Danny Trejo) et la danse go-go de Rose McGowan, Rodriguez ne lâchera plus le rythme d'une semelle sur le reste du métrage. Tripailles répandues, pustules gicleuses, explosions de têtes et de voitures, gags gore en tous genres... Rien n'est épargné, tous les clichés sont passés à la moulinette de la citation amusée (mais jamais méprisante), la musique (composée par Roberto, qui comme d'habitude fait également le cadre, le montage et les tacos) se teinte de sympathiques relents de John Carpenter tout en évoquant les vieilles séries Z d'horreur, Tarantino hérite d'un rôle cocasse à la mésaventure abjecte, et le film se fraie une place possible au panthéon des divertissements gores jouissifs, pas loin derrière Braindead et la série des Evil dead (tous deux sont clairement présents à l'esprit à la vision de certaines scènes). Seul le temps dira si le visionnage répété en fera un film culte.
On pourra sans doute reprocher à cette critique de pardonner au film certains défauts reprochés précédemment à Boulevard de la mort : effectivement, l'action se passe de nos jours, mais on occulte rapidement ce détail pour plonger dans un univers apocalyptique sans âge, où le grain de l'image et les sautes de pellicule ne quittent pas hypocritement l'écran à mi-parcours ; effectivement, on y trouve des tronches trop célèbres pour apparaître dans une production de quartier (Bruce Willis en général stoïque), mais ils ne font que passer dans un film qui fait la part belle aux inconnus et aux has-been (Michael Biehn, aux abonnés absents depuis Aliens). Et surtout, cette Planète terreur joue avec son origine nanardeuse sans pour autant se croire plus intelligente qu'elle. Ce qui en fait, pour tout amateur de cinéma bis, la plus grosse tranche de plaisir sortie depuis bien longtemps...
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