La ronde de nuit

Critique par riffhifi - le 17/03/2008 Affiche du film La ronde de nuit
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6.5
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L'art est la manière
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Après quelques opus inédits chez nous, Peter Greenaway revient sur les écrans français avec cette évocation étonnante de la naissance d'une œuvre. A moins qu'il ne s'agisse d'une tranche de vie de Rembrandt, ou d'une parabole générale sur l'art ? A trop cultiver la pédanterie formelle, Greenaway finit par perdre son spectateur dans les méandres de la mise en abyme...

1642. Rembrandt Van Rijn (Martin Freeman) accepte à contre-cœur de peindre un tableau de commande représentant la milice d'Amsterdam. Plus malin que son sujet, l'artiste décidera d'y glisser une accusation directe contre les conspirateurs et les meurtriers qui se cachent au sein de cette milice. La peinture serait-elle une La ronde de nuit
La ronde de nuit
arme entre les mains d'un génie ?

Rembrandt n'en est pas à sa première biographie filmée : si on trouve la première en Allemagne en 1920, on en compte cinq avant le film de Greenaway, dont une avec Charles Laughton en 1936 et une version produite sous le régime nazi en 1942. La plus satisfaisante, pourtant, est sans doute le Rembrandt de 1999 : réalisée par Charles Matton, peintre lui-même, elle mettait en scène Klaus Maria Brandauer dans le rôle-titre. Peter Greenaway, fort de sa propre expérience dans la peinture, n'a pas à rougir de son approche picturale du personnage. Reproduisant avec un soin extrême les couleurs et la composition des toiles du Hollandais, il donne au film un aspect irréel renforcé par l'utilisation de tableaux (théâtraux cette fois) et les quelques apartés faits au spectateur par Martin Freeman pour présenter ses femmes. Une curieuse idée d'ailleurs, que ce choix d'un acteur comique pour le rôle : plus connu du public français pour son interprétation de Arthur Dent dans H2G2, il peine à convaincre totalement en artiste usé, trivial (on notera la généreuse utilisation des dérivés de « fuck » dans les dialogues) et dépressif. Le talent de l'acteur n'est pas remis en question, mais sa légitimité dans un tel rôle l'est un peu plus...

Le problème majeur de La ronde de nuit, outre son interprète principal, réside dans un scénario bâtard, hésitant sans cesse entre la biographie traditionnelle (une femme, un enfant, une deuxième femme...) avec son quota de scènes intimes pleines de pathos, et l'histoire du tableau de Rembrandt, cette fameuse Ronde de Peint, sot !
Peins, sot !
nuit
qui fut sa perte. Si cette deuxième approche paraît autrement plus intéressante, elle n'est finalement traitée de front que dans le dernier quart d'heure ; le film, bavard jusqu'alors, vire soudain au cours magistral, illustré de gros plans sur les parties du tableau passées à la loupe une à une. Inutile de dire qu'à la réflexion, on préférait les gros plans de la première partie du film, qui permettaient de s'imprégner du physique des acteurs pour mieux les apprécier dans les tableaux composés par la suite.

Au final, le film ne délivre que quelques pauvres vérités, comme celle qui veut que l'artiste mette en scène les évènements qui l'entourent pour mieux les faire rentrer dans les cases de son imaginaire. Ne reste à se mettre sous la dent que la beauté plastique des plans ; comme si Peter Greenaway, à l'inverse de Rembrandt, n'avait pas livré l'œuvre complexe qu'on attendait de lui, mais une simple peinture.


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