Sweeney Todd - Le diabolique barbier de Fleet Street

Critique par riffhifi - le 24/01/2008 Affiche du film Sweeney Todd - Le diabolique barbier de Fleet Street
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Sweeney Todd, avant d'être "le dernier Tim Burton", est une comédie musicale à succès de Stephen Sondheim. Lorsque Burton s'y intéressa, il y a plus de dix ans, il voyait déjà en Johnny Depp l'interprète idéal du barbier sanguinaire. Plusieurs projets plus tard, les deux hommes se retrouvent enfin sur Fleet Street, ayant atteint la maturité nécessaire...

Sweeney Todd (Johnny Depp) revient à Londres après de longues années d'absence. En réalité, il vient se venger du juge Turpin (Alan Rickman), qui lui a volé sa femme et sa fille alors que Sweeney s'appelait encore Benjamin Barker. Reprenant son établi de barbier, il fait la connaissance de Mrs. Lovett (Helena Bonham Carter), contrainte par le prix exorbitant de la viande à cuisiner « les pires tourtes de Londres »...

Les miroirs, c'est comme les portables : de plus en plus petit
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Dans la promotion du film, deux aspects sont largement passés sous silence, au profit de l'imagerie très représentative de ce que les gens aiment chez Tim Burton. Primo, le film est sanglant. Pas réaliste pour un sou, mais sanglant. Généreusement, sous forme d'une pâte épaisse et écarlate manifestement empruntée aux productions Hammer films que Burton affectionne ; en cela, on peut rapprocher Sweeney Todd de Sleepy Hollow, autre hommage du réalisateur au cinéma d'épouvante anglais des années 60 et à son univers victorien nocturne. Deusio, c'est une comédie musicale. Ce qui ne signifie pas que de larges numéros musicaux mettent en scène des armées de danseurs professionnels qui s'envoient en l'air, mais simplement que les trois quarts des dialogues sont chantés par les acteurs, sur la partition de Stephen Sondheim qui utilise essentiellement deux thèmes, utilisés jusqu'à l'obsession pour évoquer deux aspects de l'esprit de Sweeney Todd. Cette particularité oblige le spectateur à s'accorder un temps d'adaptation pour entrer dans le film, dont l'histoire ne se livre pas non plus immédiatement. Mais une fois l'adaptation effectuée, le plaisir est total.

Ces dernières années, Tim Burton a pu décevoir ses admirateurs : Les noces funèbres souffrait de l'inévitable comparaison avec L'étrange Noël de M. Jack, La Je voudrais un rasage. Et une nouvelle tête.
Je voudrais un rasage. Et une nouvelle tête.
planète des singes était un honteux vautrage, et le duo Big Fish / Charlie et la chocolaterie faisait craindre que Tim soit devenu un papa-gâteau adepte de l'historiette inoffensive racontée au coin du feu. Heureuse surprise : Sweeney Todd est probablement son film le plus cruel et le plus impitoyable. On se souvient que dans Sleepy Hollow, déjà évoqué, le cavalier sans tête collectait les têtes d'enfants aussi sûrement que les têtes d'adultes ; ici, les marmots sont condamnés à mort et boivent du gin, bien loin du cocon protecteur que leur confectionne généralement Hollywood. Mais là où Sleepy Hollow évoquait la part de rêve que l'homme moderne a trop vite fait d'étouffer, Sweeney Todd met en garde contre le rêve destructeur, celui qui, à force d'égoïsme, finit par tourner à l'obsession, voire à l'abstraction complète ; ici, chaque personnage poursuit son but aveuglément, jusqu'à la déraison. Tout culmine en un final sidérant de violence, dans lequel chacun subit les conséquences de ses actes.

Bien sûr, on pourrait reprocher au film les grosses ficelles et les invraisemblances dont le récit fait parfois usage pour avancer, ou les accents occasionnellement tonitruants de la partition musicale. On pourrait trouver que le personnage de Alan Rickman n'est pas assez développé, on pourrait même pinailler sur le générique de début trop friand d'images de synthèse. Mais ce serait bien dommage, parce que Sweeney Todd est tout simplement le meilleur film de Tim Burton depuis... Sleepy Hollow ?


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