Rosemary's baby

Critique par Filipe - le 24/11/2003 Affiche du film Rosemary's baby
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8/10
Chéri, fais-moi peur
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Malgré les conseils de leur vieil ami Hutch, Guy et Rosemary Woodhouse, fraîchement unis par les liens plus ou moins sacrés du mariage, prennent possession d'un bel appartement, pratiquement au sommet d'un ancien immeuble, et ce, sans tenir compte d'un ensemble de rumeurs faisant de cette élégante demeure un lieu maudit. Aussitôt, leurs charmants voisins, Minnie et Roman Castevet, leur tendent la main puis le bras en guise d'amitié. Si Guy s'accommode assez rapidement de l'étonnante indiscrétion dont semble vouloir faire preuve ce récent voisinage, Rosemary s'en inquiète quelque peu.

Inspirées du best-seller d'Ira Levin, les 130 minutes de Rosemary's Baby définissent avec une infime précision ce que représente la notion de drame psychologique. Le Couteau dans l'Eau, Repulsion, Cul-de-Sac, le Bal des Vampires. Les premières oeuvres du réalisateur Roman Polanski, premier témoin d'une existence atypique ponctuée de tragédies, étaient autant de signes avant-coureurs, présageant une carrière hors normes, anormalement longue, foncièrement irrégulière. Rosemary's Baby, qui fut tourné en 1968, participa au maintien d'un certain âge d'or du cinéma polanskien, au même titre que les célèbres longs-métrages MacBeth (1971) et Chinatown (1974).

La sorcellerie. Autour d'un thème dont la simple mention évoque de manière confuse images ou fragments de scènes filmées - la marche de l'araignée du cultissime Exorciste ou bien les petits cailloux du Projet Blair Witch, selon les générations -, Roman Polanski a su faire preuve de subtilité en suggérant l'angoisse à partir d'un scénario clairement dénué d'intérêt. Son talent triomphe au détour de chacune des scènes qu'il met en place. Le choix des quelques décors ainsi que du leitmotiv musical alimentent l'impression d'enfermement et de malaise. Les interprétations de Mia Farrow, ancienne compagne de Woody Allen, et Ruth Gordon sont tout à fait saisissantes. Si bien qu'au cours du film, et à longueur de temps, on est en droit de s'interroger au sujet des véritables intentions qui animent chacun de ses curieux protagonistes. Rosemary est-elle véritablement en danger ou bien uniquement victime d'effrayantes hallucinations ? Ce désordre psychotique s'emparant d'elle et détruisant peu à peu son quotidien rose bonbon est parfaitement retranscrit à l'écran. L'intérêt du film et le talent de son géniteur reposent simplement sur la communication faite de cette psychose au public. Bouleversant.


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