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L'Epervier : cycle 1

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Super-Saïen du Dimanche
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Salut, suite à une critique du Tome 1 de l'Epervier, j'ai décidé d'en faire une sur l'ensemble de la première série. La voici.


LÉpervier.

[b]Auteur : Pellerin
Éditions : Dupuis repérages
Années: 1994-2005[/b]


Cest en construisant une intrigue divisée en 6 tomes que Pellerin a clotûré la première grande saga contant les exploits de Yann de Kermeur. Surnommé lEpervier, cet ancien voleur des mers devenu corsaire pour le roi de France hisse fièrement les voiles de laventure, dont le genre renoue avec des séries oubliées.

Né à Brest en 1955, Patrice Pellerin restera toujours profondément attaché à sa terre natale. Après avoir fait les Beaux Arts de Reims où il en ressort illustrateur, le jeune homme rencontre sur son chemin professionnel Moebius. Ce dernier ne tarde pas à le présenter à Jean Michel Charlier, fameux scénariste de Barbe Rouge. Suite au décès du dernier dessinateur en date, Charlier recherche une autre personne pour illustrer les récits du pirate. Pellerin collabore avec lui durant deux albums. Une expérience qui le marquera sans doute par la suite au vue de la construction narrative quil choisira pour son héros. Une fois le travail en duo achevé, Pellerin tente de devenir autodidacte en construisant lui même ses propres scénarios. Il écrit alors Les aigles décapités pour Kraehn avant de réaliser lensemble dun projet de son propre chef. Le premier tome de LEpervier ( le passé de Kermellec ) parait en 1994.

Lhistoire se déroule au milieu du XVIII ème siècle. Jeune homme et capitaine du vaisseau La Méduse, Yann de Kermeur nen reste pas moins une fine lame aussi à laise sur un cheval quau tire au pistolet. Cet ancien pirate au passé mystérieux a été gracié par le roi avant de le servir en tant que corsaire. Une fleur de lys marquée dans sa chair conserve néanmoins une trace indélébile de sa vie ancienne. De retour à Brest suite à une expédition, Yann de Kermeur reçoit la visite de lintendant du comte de Kermellec. Le serviteur est porteur dun message indiquant que notre héros est attendu par ce vieil homme quil a connu dans sa jeunesse et auquel il doit une partie de son éducation. Le soir même, lEpervier se rend à ce mystérieux rendez-vous et découvre le comte mortellement blessé dans la chapelle où la sépulture dun de ses ancêtres a été profané. Le mourrant lui murmure quelques mots avant de rendre lâme. Découvert par des domestiques du comte sur les lieux du crime, Yann évite de justesse la pendaison grâce à lintervention dAgnès de Kermellec, petite fille du défunt maître des lieux. Commence alors pour lEpervier une étrange aventure qui le mènera jusquau jungles guyanaises. Une épopée où il devra tout mettre en oeuvre pour prouver son innocence, récupérer son navire et découvrir les mystères qui entourent cet assassinat.

A la première lecture de LEpervier, nous pouvons ressentir facilement le travail graphique et documentaire nécessaire pour retranscrire parfaitement lépoque. Une iniative où il faut saluer lauteur. Pellerin ne fait pas quillustrer un récit dans le simple but de montrer la beauté des paysages, il met tout en oeuvre pour faire renaître de ses cendres le patrimoine historique de lendroit où se déroule laction. Que ce soit le port de Brest et ses constructions démesurées, la presquîle de Crozon encore préservée de toute habitation, ou les forêts tropicales dAmérique du Sud aux arbres gigantesques. Des petits détails qui attireront sans doute loeil de certains lecteurs curieux de découvrir ces régions sous un autre angle. Mais lauteur élargi son étude architecturale aussi dans le milieu naval. Les galions et autres bateaux dépoques sont dessinés avec précision. Pellerin épanoui ici pleinement son trait académique soucieux du moindre détail. Les couleurs agréables à loeil dynamisent ainsi le graphisme réaliste dont le procédé donne ordinairement un côté figé. La seule ombre au tableau regrettable se trouve plutôt dans le dessin des personnages. Élève glorifiant les pièces maîtresses de Michel Ange, Pellerin offre à ses protagonistes des physiques olympiens. Yann de Kermeur arbore souvent les mêmes attitudes faciales provoquant alors un manque dexpressivité. Tous les acteurs, féminins ou masculins, ont la base du visage carré. Le tout donne parfois limpression dune très forte ressemblance entre deux personnages. Chose visible notamment chez les femmes même si, en contre-partie, elles sont plus réussies.

Comme il a été mentionné plus haut, les aventures de Yann de Kermeur ninnovent pas le genre. Au contraire, elles renouent avec un procédé traditionnel, fortement visible notamment avec la série Barbe Rouge. Tout dabord dans le fond : Lhomme à la réputation discutable est victime de calomnies et va devoir par ce fait réaffirmer aux yeux de tous son honneur. Le tout avec peut-être un trésor à la clef. Ensuite dans la forme : durant son périple, LEpervier pourra compter sur ses fidèles seconds, son équipage emprisonné, ou des rencontres imprévues. Mais cela ne le mettra pas à labri de certaines trahisons ou de confrontations avec des esprits fourbes. Yann parviendra la plus souvent à déjouer les pièges et complots en usant de la ruse, mais aussi des armes lorsque quune forte dose de chance ne vient pas croiser son chemin. Preuves en est avec cet extrait du Tome 3 : Tempête sur Brest. LÉpervier a été trahi par deux membres de son équipage avide dargent. Ils lont fait chuter dune falaise avec en bas une mer fortement agitée par un grain. Après avoir tout remis en ordre, lhomme raconte à ses fidèles matelot comment il sen est sorti :
.... Ce qui ma sauvé quand la corde a cédé, cest que je sois juste entre les rochers, et non au dessus. ( Pellerin met bien les mots en gras pour souligner à quelle point notre aventurier sans peur et sans reproche a eu de la chance ). Quand le flot ma remonté, il ma endossé violemment sur un énorme bloc. Malgré le choc, jai réussi à lagripper et à me hisser hors de leau. Blotti dans une anfractuosité, à moitié sonné, transi de froid ... jai attendu que les frères cessent leurs recherchent et me croient mort. Ensuite, jai grimpé malgré les rafales de vent, la roche glissante et lobscurité... Vous connaissez la suite conclue-t-il. Inutile donc dinsister sur le fait que nous navons pas affaire au commun des mortels. Yann de Kermeur est un surhomme dont les fesses ont été excessivement bénies par St Anne même sil nest pas un enfant de coeur. Quoiquil arrive, il est inutile de trembler sur son sort, il parviendra toujours à sen sortir.
Même si on connaît davance la fin non tragique du personnage, Pellerin parvient à construire une intrigue riche où il dose avec justesse scènes dactions bien découpés et les moments de discussion. Pourtant certains points mériteraient dêtre davantage approfondis. A commencer tout dabord par le passé mouvementé de lEpervier qui apparaît vaguement en fonction des tomes. Le procédé est le plus souvent utilisé pour illustrer les faits dun personnage ayant croisé sa route. Que ce soit le comte de Kermellec ou le cousin impulsif dAgnès. En plus du passé de Yann, il est regrettable que certains protagonistes secondaires naient pas eu une place plus affirmée, notamment Madame de Beaulieu et son esprit vengeresse. Enfin, il faut prendre en compte quelques retournements de situation, prévisibles mais spontanées, comme par exemple Marion et son sens giratoire de lamour.

Au final, le lecteur se retrouve face à une bande dessinée agréable à visionner et à lire malgré certaines imperfections. Bien sûr LÉpervier ne révolutionne pas le genre narratif et sencre avec assurance dans un modèle qui a déjà fait ses preuves dans le passé. Un récit qui se veut être dans la même veine que les romans de capes et dépées. Les quelques défauts seront peut-être comblés dans le second cycle prévu par Pellerin dont le tome 7 : La Mission doit paraitre prochainement.

L'épervier :
Le passé de Kermellec : 8/10
Le rocher du Crâne : 7,5/10
Tempête sur Brest: 7,5/10
Captives à bord: 7/10
Le trésor de Mahury: 7,5/10
Les larmes de Tlaloc: 7/10

jeune aventurier (trop) parfait

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