
Introduction
Sexy Or Not. La subtilité de cette émission tient tout d'abord dans son titre qui, par cette étonnante figure de style qu'on appelle métonymie*, donne une idée du contenu par le seul contenant! Les producteurs, malins, ont ajouté une périphrase pour expliciter encore un peu plus le thème de l'émission : L'élection la plus sexy. Il s'agit donc d'élire la personne au physique le plus attrayant de France.

Tels les Cavaliers de l'Apocalypse, le jury se déplacera à travers la France pour assister à des castings qui tutoient les sommets atteints par La Nouvelle Star. Mais qui se cache derrière cette hydre* quadricéphale que l'on nomme jury? Eric Biard, directeur artistique, est accompagné de Mallory Marcourel, l'attaché de presse d'Emanuel Hungaro, de Dominique Micelli, ancienne rédactrice de Vogue et du magnifique mais non moins excellent, Lomig Guillo, président du jury mais néanmoins rédacteur en chef du bijou culturel qu'est FHM. Tel une Maât* vénusienne, ils péseront la "sexytude" (formidable néologisme employé par la voix-off) contre une plume de leur connaissance en beauté.
Dans un bel effort de d'équilibre dual, l'émission se déroule en deux parties fortement distinctes. La première permet au jury de se faire une idée générale du degré de charme érotique dégagé par un candidat. Si celui-ci atteint un niveau suffisant, le candidat sera alors qualifié pour la seconde* phase qui semble de prime abord un simple défilé en maillot de bain. On s'apercevra qu'il n'en est rien et que ce défilé est une porte ouverte sur une profonde connaissance de ma psychologie de l'être humain.
Un exemple : l'élection de Paris (émission du 11 février 2006)

Acte I
Après quelques rappels d'usage... Ici je me dois de faire un aparté -comme dans n'importe quel autre sport, il n'est pas bon de regarder une émission sans les précautions que l'on nomme 'échauffement', 'pré-requis' ou 'préliminaires' selon les disciplines. Après quelques rappels sur les résultats de la finale lyonnaise, une première jolie personne s'avance en la personne de Katia. Radieuse, elle illumine la salle d'élection. Quelques mots suffisent pour donner une bonne impression de cette candidate qui a, selon ses dires, des "atouts, comme sa poitrine". L'oeil alerte et le verbe haut, Lomig en profite, à ce moment-là, pour lui demander d'en montrer plus afin que le spectateur puisse se faire une idée concrète de cet argument des plus étonnants. Une brève remarque sur le tatouage de la candidate nous indique qu'elle ne peut pas le montrer vu qu'elle n'a pas mis de culotte. Quelle étourdie est-elle... Passant haut la main les critères de sélection, elle est qualifiée pour la seconde partie de l'émission.
S'ensuivent de nouvelles arrivées de candidats féminins ou masculins*. Kevin notamment nous montre sa résistance face à l'adversité! Deux membres du jury hésitent à lui donner ce fameux pass pour la suite. Une idée éblouissante germe dans son cerveau (on n'avait pas vu ça depuis la découverte de la relativité) : s'il ôte son T-shirt, il aura toutes les chances de son côté! Aussitôt dit, aussitôt fait. Et aussitôt qualifié.
Quelques candidats plus loin et nous assistons au grand désespoir de ce genre d'émission. Car malgré les qualités certaines des candidats, il faut en recaler. Et c'est un concert de 'non' qui résonne lugubrement. Le téléspectateur sent venir une larmichette à la mémoire émue de ces jeunes qui ne pourront réaliser leur rêve : être le ou la plus sexy de France!
Interlude
Quelques minutes avant le désormais traditionnel temps-mort publicitaire, l'émission magnanime offre au spectateur quelques extraits de la suite, qui semble alléchante. Par opposition à Sexy Or Not, la publicité est un ramassis d'ignominies. Pas de 3015 ULLA bien sûr, le monde a évolué et est désormais bien loin de ces bassesses humaines. Mais de jolies blondes siliconées offrent leurs services par SMS aux âmes-en-peine. C'est beau certes, mais ça reste moralement plutôt limite. Mais déjà notre programme favori revient. Et l'on retourne un bref instant sur les résultats de l'élection lyonnaise dans le but de satisfaire les attentes angoissées de ceux qui ont raté la première mi-temps!

Acte II
La seconde partie est l'occasion pour les candidats de s'habituer avec leur corps, d'apprendre à mieux connaître leurs points forts et leurs points faibles pour avancer dans la vie. Il s'agit de ce que de sombres et petits esprits appeleraient "un défilé en maillot de bain". Mais il y a autre chose derrière cette simplicité, comme un sentiment latent d'exaltation*.
Tels des lutteurs grecs*, les candidates et les candidates s'enduisent le corps d'huile afin de mettre toutes les chances de leur côté. C'est certes agréable pour les yeux, mais on sent parfois le désespoir d'une génération pour qui le paraître est si dévalué qu'ils ont honte de leur corps. A peine osent-ils dévoiler leurs fesses en rentrant distraitement le maillot entre celles-ci. A peine osent-ils enlever leur haut de maillot de bain pour montrer toute la beauté d'une poitrine, bonheur inouï de l'allaitement. Certes l'oeil taquin de la caméra glisse sur ces fesses un peu flasques. Mais elle n'y revient pas plus que ça. Deux fois, peut-être trois, à peine plus que quatre. En tout cas moins d'une dizaine de fois.
Mais c'est déjà la fin. Car comme dans un film de Hitchcock, le spectateur est tenu en haleine jusqu'à la fin, à la merci du réalisateur. La fin du casting et les résultats ne seront diffusés que la semaine prochaine. On imagine le téléspectateur hanté par cette volonté de connaître ce qui peut changer sa vie, à tout jamais! Comment fait-il pour attendre une semaine? En profite-t-il pour tenter de déchiffrer un message caché lui donnant une piste pour le dénouement en regardant la rediffusion du jeudi soir? L'histoire ne le dit pas!

Conclusion
Je pense donc qu'avec cette modeste critique, vous vous êtes fait une idée de ce sublime concept qu'est Sexy Or Not! Mais cette critique ne serait pas complète sans un vibrant hommage à la voix-off et surtout à celui qui écrit des textes aussi profonds que :
"Lyon, Capitale des Gaules, qui n'a jamais aussi bien porté son nom"
"la fesse cachée de Lyon"
"Dans un instant, le passage en anorak. Euh non en maillot de bain".
"On se rhabille pour ne pas prendre froid car c'est la coupe-air de publiciture".
La seule chose que je regretterais dans cette émission est le ton qu'elle prend parfois contre d'autres chefs d'oeuvres télévisuels. Ainsi, dans un homme râté de la Star Academy (et d'ailleurs sur la même musique), la voix-off lance un "Pour voter, composez le ...! AH non ce n'est pas la bonne émission, et heureusement les nôtres ne chantent pas".
Note : 2/10
Note pour le gars seul le soir qui n'a qu'une chaîne, aucune possibilité de bouger ou de tourner la tête : 2/10
*une métonymie est une figure de style qui substitue à un terme un élément qui lui est lié par un rapport logique (ex: boire un verre au lieu de boire l'eau qui est contenue dans le verre)
*l'hydre est un serpent d'eau à plusieurs têtes dont une est immortelle tandis que les autres se régénèrent doublement après avoir été coupées. Lors de ses douze Travaux, Héraclès (Hercule chez les romains) réussit à tuer l'Hydre de Lerne.
*Maât est la déesse de la justice égyptienne. Quand quelqu'un meurt, elle pèse son coeur contre une de ses plumes. Si la balance penche du côté du coeur, le monstre Ammit dévore le défunt. Sinon il est introduit dans le monde des dieux.
*On notera ici l'emploi du mot 'second'. En effet, l'usage veut que l'on distingue le numéro deux d'une liste selon qu'il est suivi ou pas. Ainsi un deuxième choix implique qu'il y en a un troisième tandis qu'un second choix est plus définitif. C'est ainsi que l'on parle de Seconde Guerre Mondiale et non pas de Deuxième, l'humanité espérant repousser le plus loin possible un nouveau conflit d'une telle ampleur.
*Nous avons à faire ici avec une inversion du sujet nominal qui certes n'est pas courante, mais qui donne un style à une tournure de phrase un peu lourde.
*Cette phrase ne veut rien dire.
*Oui car les Jeux Olympiques que l'on connaît bien ont pour origine la Grèce Antique.