
En 1663, Louis-Henri de Montespan, jeune marquis
désargenté, épouse la somptueuse Françoise « Athénaïs » de
Rochechouart. Lorsque cette dernière accède à la charge de dame de
compagnie de la reine, ses charmes ne tardent pas à éblouir le monarque
– à qui nulle femme ne saurait résister. D’époux comblé, le Montespan
devient alors la risée des courtisans. Désormais, et jusqu’à la fin de
ses jours, il n’aura de cesse de braver l’autorité de Louis XIV et
d’exiger de lui qu’il lui rende sa femme.
Lorsqu’il apprend son
infortune conjugale, le marquis fait repeindre son carrosse en noir et
orner le toit du véhicule d’énormes ramures de cerf. La provocation
fait scandale mais ne s’arrête pas là. Le roi lui a pris sa femme, qu’à
cela ne tienne : il séduira la sienne. Une fois introduit dans la
chambre de la reine, seule la laideur repoussante de celle-ci le fera
renoncer à ses plans. À force d’impertinences répétées, l’atypique,
facétieux et très amoureux marquis échappera de justesse à une
tentative d’assassinat, puis sera exilé sur ses terres jusqu’à sa mort.
En ayant porté haut son indignation, y compris auprès du pape, le
marquis de Montespan fut l’une des premières figures historiques à oser
contester la légitimité de la monarchie absolue de droit divin. Il
incarne à lui seul l’esprit révolutionnaire qui renversera un siècle
plus tard l’Ancien Régime.