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Où es-tu ?

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systry - le 27/08/2004 à 00:00

Est ce donc encore un de ces livres à succès écrits en très gros, vendus comme des petits pains à 20 euros, et qui se lisent sur la plage en quelques heures?

réponse du modérateur: tout à fait

Où es-tu ?
Samarkand - le 18/01/2005 à 22:02

Bestsellers
*Je me suis rendu compte que je n’avais lu aucun bestseller récent. A la bibliothèque je déniche par hasard (je ne vais pas payer 20€ pour un bêteseller), « Où es-tu » de Marc Lévy, l’occasion parfaite de comprendre ce qui explique la popularité d’un roman. Lecture faite, je suis curieux de connaître les réactions des fans de M. Lévy. Je tombe sur resonance-online.com et 17 articles signés Hélène, Nath, Elisa, Ophélie, Linda, Emmanuel, Marie, Paméla, Patrick, Alex, Diane, Mélanie, Laurène, Sophie, Gisèle, Jean Michel et Nicole.
*J’extraie des commentaires: « J’ai adoré ce livre, il m’a bouleversé (j’en ai pleuré !) »; « Mon coeur s’est serré, ma gorge nouée s’est endurcie de sanglots réprimés » ; « Les larmes ont coulé sur mon visage »; « Les gens me voyaient pleurer comme une bécasse » ; « Cette histoire m’a émue au bord des larmes » ; « Je n’ai pas retenu mes larmes ». Bilan final: des hectolitres de larmes.
*A noter, Nicole conseille « Belle du seigneur » de Cohen dans son article. Je m’interroge sérieusement sur ce rapprochement entre le plomb et l’or. Mais Nicole n’est pas bête. Elle précise qu’il ne s’agit pas du même calibre. Je tombe ensuite sur krinein.com et l’excellente critique signée Weirdkorn. Conclusion: il existe bien deux mondes, celui des groupies qui se shootent à l’héroïne de roman (nana, nanan, nanar) et celui, plus restreint, des lecteurs lucides qui ne se laissent pas attraper par les trucmuches à tiroirs coincés.
Ouais-tu
*Je suis malgré tout forcé d’avouer que le roman de M. Lévy a une immense valeur lacrymale. Voyons un peu ce que Marc nous raconte.
-Point de départ: Susan aime Philip (beaucoup) et Philip aime Susan (encore plus beaucoup).
-Susan part pour le Honduras. Et je t’écris, et tu m’écris, et on s’écrit, au grand plaisir de M. Besancenot.
-Coeur du drame: on s’aime de loin, et les années passent (et les pages aussi). Philip se marie avec Mary.
-Nous en sommes à la moitié du livre, mais nous avons appris que Honduras égale ouragans.
*Ce n’est pas le moment de laisser tomber le roman. C’est ici que ça commence.
... A la fin de la première partie, stupeur et tremblement!!! Nous apprenons que Susan a eu une petite fille née de père inconnu (un enfant du péché, diraient les mauvaises langues) et qui a maintenant neuf ans (comme le temps passe !). Cette petite Lisa est livrée aux USA port payé. Elle atterrit chez Philip et Mary. Philip est surpris, et Mary alors !!! Et nous alors !!! Nous versons donc un « flots de larmes ». Pas grave: nous avions déjà entamé la boîte de kleenex recommandée par les lecteurs de resonance-online.com (ne pas oublier de les remercier).
... Début de la deuxième partie, nous découvrons la cause de cet événement incroyable: Susan est morte !!! Re « flots de larmes ». A bien y penser, une deuxième boîte de kleenex ne sera pas de trop.
... Chapitre 7, huit jours après l’arrivée de Lisa, nous apprenons que « la donation définitive à Philip de la petite Lisa » a été enregistrée à Tegucigalpa après des démarches fastidieuses et que les collègues de Susan ont eu « l’idée précieuse de faire authentifier le document par un notaire de l’ambassade américaine ». Attention, les chinoiseries ne sont pas finies! Philip et Mary sont ensuite obligés de parcourir les « dédales de l’administration » pour remplir les dernières formalités qui rendent effective la fameuse « donation ». Larmes et alarmes.
... Dix ans ont passé (cent pages aussi) et Lisa est devenue femme, non sans les problèmes et les petits malheurs de l’adolescence. Nous versons des larmes à chaque étape (à toutes les cinq pages environ). Mais les ruisseaux font les rivières: deuxième boîte de kleenex.
... Une dizaine de pages avant la fin du roman, révélation: Susan n’est pas morte !!! -Non, pas vrai !!! -Oui, oui, je vous assure. C’est que Susan a survécu au déluge. -Non !!! -Oui, je vous dis que si, et cessez de m’interrompre à chaque rebondissement. Susan avait « laissé des instructions précises à la femme de Thomas » au cas où il lui arriverait quelque chose et Lisa est déjà à Tegucigalpa, prête à partir aux USA. Susan, n’écoutant que son coeur de mère, se met en route, mais elle réfléchit et sa raison l’emporte sur son coeur: Lisa partira vers une vie plus normale et des lendemains qui chantent. Torrents de larmes. Vraiment pas bête cette deuxième boîte de kleenex (je profite de l’occasion pour conseiller la marque Carrefour, double épaisseur, 110 mouchoirs. Vous aurez sûrement un rabais si vous dites que c’est Marc qui vous envoie).
Tetracapillotomie
*Tout s’explique à la fin. Il n’y a qu’à se laisser bercer par Marc Lévy sans retenir les « flots de larmes ».
- Quoi? Vous n’êtes pas content? Quoi encore?
- Ben, c’est que l’histoire ne tourne pas tellement rond.
- Vous cherchez des poux? Vous voulez couper les cheveux en quatre !
- Non, mais j’arrive pas à croire à cette pseudo-donation qui n’a aucune valeur juridique. Si l’on a fait tous ces papiers, c’est qu’il y avait adoption.
- Bon, disons adoption. Mais çà ne change rien.
- Si, çà change tout. Marc insiste sur les exigences pointilleuses des fonctionnaires à Tegucigalpa, du notaire de l’ambassade, des fonctionnaires américains pour que tout soit fait dans les règles.
- Et alors ?
- Ben voilà ! Susan reparait à son travail comme si de rien n’était . Les fonctionnaires ne se posent pas de questions sur la valeur des documents qu’ils ont élaborés avec tant de précautions. Le notaire non plus. Les collègues non plus. Or la survie de Susan changeait complètement les conditions de toute l’affaire. A mon avis Marc s’est emmêlé les pinceaux. Il aurait mieux fait de ne pas donner tous ces détails bidon.
- Mais mon cher, ce sont des libertés que prend l’auteur.
- Libertés mon cul !
- Ne soyez pas grossier. Nous sommes entre gens polis.
$$$$$
*Pour en avoir le coeur net, je décide de parler à Marc des questions que soulevait mon lecteur pinailleur.
- Marc, Marc, où es-tu ? Réponds moi. Où es-tu ? Où es-tu ?
- Excuse-moi, mon vieux, si j’ai tardé à te répondre. J’arrive à l’instant de la banque. Je viens de déposer mes droits d’auteurs. Çà n’arrête pas de rentrer. C’est dingue: je suis constamment en train de courir à la banque!
- O. K., Marc, je comprends.
*Alors je n’ai pas osé agacer Marc avec cette histoire de « donation ». Au fond, les donations, c’est ce qui le fait vivre.
P.-S.
*Je conseille aux lecteurs lacrymophiles d’aller sur le net en tapant « Les Deux Orphelines » et de choisir le site gallica.bnf. Cette oeuvre a fait pleurer la France à partir de 1874 (triomphe au théâtre) jusqu’à la guerre de 1914 en passant par la publication sous forme de roman en 1895. Selon la BNF, c'est un condensé des grands thèmes de ce qu'on a appelé le roman larmoyant: mystère des origines, péché et expiation, mélodrame, récit d'aventures, épisodes gigognes, récits secondaires, coïncidences, coups de théâtre. Çà vous fait penser à qui ?
*Je m’en voudrais de ne pas prévenir les lecteurs de krinein. Le roman larmoyant, par définition, inonde de larmes. Et tous les scientifiques sont d’accord sur un point: « Les Deux Orphelines » sont responsables d’inondations désastreuses, en particulier celle de janvier 1910. Par conséquent les romans de Marc Lévy sont à déconseiller à tous ceux qui habitent des zones à risques telles que la Somme, les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse, le Gard (alerte rouge pour les villes d’Aramon et de Sommières). Il est d’ailleurs préférable de se renseigner auprès de la Météo avant ce genre de lecture.
Samarkand

Où es-tu ?
Choucroot - le 18/01/2005 à 23:19

Tres rigolo, mais tu racontes toute l' histoiiireuuuu.
Ca se fait pas pour ceux qui voudrai...ah ben si ca se fait en fait
Enfin j' en pense autant de bien que toi, mais j' ai pas eu le moindre signe d' humidification devant ce machin

Où es-tu ?
Grrr - le 19/01/2005 à 00:39



Bon dans l'absolu :

il faut penser à utiliser le spoiler

mais là franchement^^, c'est bien je pourrais faire semblant de l'avoir lu



ps: Dans le mm genre en film, il y a Tendres Passions(une jeune mère de famille baffouée et mourante et une romance entre sextagénaires pimpants qui aiment les ballades sur la plage en décapotable) , sponsorisé par Kleenex (pack famillial^^),

Où es-tu ?
Migou - le 19/01/2005 à 08:34

Merci vous m'otez un grand poids de la conscience !

A force d'éloge dans mon entourage j'ai été quasi contraint de lire un livre de monsieur Marc Levy (Sept jours pour une éternité... en l'occurence)
Je me suis fait copieusement hué lorsque j'ai exprimé ma deception (un très plat roman de gare, dont la seule raison pour ne pas avoir été publier dans la collection harlequin était la carence des scenes de sexe)
Depuis j'erais hagard convaincu de la secheresse de mon coeur incapable de vibrer à l'unissons des grands sentiments humains.

Grace à vous je me sens beaucoup moins seul

Où es-tu ?
gregorianlight - le 19/01/2005 à 11:24

j'avais tellement aimé "et si c'était vrai..." que j'attendais beaucoup du "2eme", mais j'ai été très déçue parce que j'ai trouvé ça effroyablement triste et déprimant, sans le moindre humour ni la moindre touche d'optimiste.
Les personnages ne sont pas très attachants et je n'aurais pas envie de le relire.... contairement au 1er.

Au fait, il était question que Spielberg adapte "et si c'était vrai...", c'est toujours d'actualité ?

Où es-tu ?
Samarkand - le 19/01/2005 à 16:43

Même si mes observations à propos de « Ouais-tu ? » n’étaient pas méchantes, je me sens un peu coupable d’avoir légèrement égratigné M. Marc Lévy (son conte de fées, pas son compte en banque). Après le texte qui suit, je mettrai un point final à cet épisode.
J’avais vite lu « Ouais-tu » et « Sept jours pour une éternité », mais mon médecin m’a mis en garde contre les nourritures indigestes et pour une fois, je suis décidé à lui obéir. Je voulais connaître les raisons de la popularité du navet. Je les connais désormais : $$$$$-€€€€€. Il faut ajouter que Marc a comme agent Susanna Lea. Cette Britannique, jolie et diablement intelligente, a un flair incroyable pas seulement pour le navet, mais aussi pour le caviar. Elle est surtout capable de transformer le plomb en or.
Je veux demander pardon aux lecteurs de Marc. Comme je le signale à la fin de cet article, les amateurs n’ont pas à rougir de leur passion lévytique. Lorsqu’on lit peu, on n’a pas envie de se farcir un roman qui fait réfléchir. Si vous prenez le Paris-Marseille, je ne vous conseille pas d’acheter L’Etranger de Camus par exemple. Ce livre fait à peine 186 pages, mais l’ennui, c’est qu’on ne peut le lire sans se poser des tas de questions, d’autant que le héros n’a pas pleuré à l’enterrement de sa mère (c’est tout dire...).
Encore une fois pardon pour ce qui suit. C’est promis : je ne recommencerai plus.
Le miroir aux alouettes
*Pour vendre du toc sur le marché de l’édition, premier moyen : la guimauve.
C’est ce qu’a compris Ponson du Terrail (1829-1871), surnommé Mouton du Bercail, qui mourut richissime, mais Ponson fut largement dépassé par les plus grands alpinistes de la fadaise du 19e siècle, A. d’Ennery et Eugène Cormon, auteurs des Deux Orphelines.
*Pour vendre du toc, un deuxième moyen : la philosophie de comptoir, de préférence additionnée de guimauve, du genre « l’amour, c’est plus fort que tout » (merci à Anna Gavalda sans qui on ne l’aurait jamais su). Mais à cet exemple de platitude, il manque un élément essentiel pour faire briller le toc, c’est-à-dire la profondeur. Et à quoi reconnaît-on la profondeur ? Le test est simple : si vous n’avez rien compris, c’est donc profond.
Il fallait attendre le passage au troisième millénaire pour atteindre l’Everest du toc grâce à un ensemble de facteurs tels que la publicité, le marketing télé, le principe Star Ac’ (selon lequel tout individu a droit a son heure de célébrité, une sorte de droit au toc à inscrire dans la Déclaration des droits de l’homme).
Il appartenait à Anna Gavalda et surtout à Marc Lévy de planter leur drapeau sur ce sommet. Prenons un exemple, la page 229 du roman Sept Jours pour une éternité. A elle seule, cette page est un condensé de tout le roman.
« -Laisse-moi t’amener dans mon monde, j’y guiderai chacun de tes pas, j’apprendrai tes réveils, j’inventerai tes nuits... J’effacerai tous les destins tracés, recoudrai toutes les blessures... je collerai ma bouche à la tienne pour étouffer tes cris et rien ne sera plus jamais pareil, et si tu es seul nous serons seuls à deux.
Il la prit dans ses bras, effleura sa joue et caressa son oreille du timbre grave de sa voix.
- Si tu savais tous les chemins que j’ai employés pour arriver à toi... Je voudrais que notre temps s’arrête pour pouvoir le vivre, te découvrir et t’aimer comme tu le mérites, mais ce temps-là nous lie sans nous appartenir. Je suis d’une autre société où tout n’est que personne, tout n’est qu’unique ; je suis le mal, toi le bien, je suis ta différence, mais je crois que je t’aime, alors demande-moi ce que tu veux. »
Oublions pour l’instant Balzac, Flaubert, Proust. Imaginons plutôt quelqu’un qui aurait lu des auteurs plus fantaisistes comme Quignard et Saint-Exupéry, ou plus sérieux comme Camus, et qui ne verrait pas la différence entre la finesse sentimentale de Quignard (Tous les matins du monde) et la guimauve de Lévy ; la poésie du Petit Prince et la dentelle effilochée de Lévy ; la philosophie de Camus et la niaiserie de Lévy.
Regardons de plus près.
A- D’abord la guimauve (définition : ce qui est mièvre et fade).
1- « j’y guiderai chacun de tes pas » - Mine de rien, Lévy s’annonce comme le digne successeur de Delly (pour adolescentes des années trente). Michèle Coquillat et Ellen Constans ont montré l’importance de ce cliché sorti tout droit des romans Harlequin.
2- « Je recoudrai toutes les blessures » -. Pas de roman sentimental sans le stéréotype du héros qui apprend à cicatriser les blessures du passé comme le remarque Yves Reuter (Le roman sentimental). Hervé Laroche a un faible pour ce cliché inéluctable qui lui fait dire « quelle plaie ! »
3- « Je collerai ma bouche à la tienne... » - Cette fadaise cucu a une fonction très précise. Elle avertit le lecteur (avez-vous dit lectrice ?) que les lignes suivantes vont le faire vibrer. Cliché irrésistible comme le dit si bien Hervé Laroche. Façon sirupeuse de dire : attention, ça va chauffer !
4- « Il la prit dans ses bras, effleura..., caressa... » - Marc vous avait bien prévenu que ça chaufferait. Tous les ingrédients de la guimauve sont réunis pour provoquer un orgasme auriculaire. C’est l’apothéose du gnangnan : l’eau de rose additionnée de sirop. Il ne s’agit pas de savoir si coller sa bouche, eflleurer sa joue ou caresser son oreille expriment une réalité romanesque, mais bien de souligner que ces concubinages incestueux de jolis mots ont été galvaudés un million de fois dans les navets de l’édition et les romans-photos. Ces mots sont d’ailleurs interchangeables à l’infini : coller sa joue, effleurer sa bouche, caresser sa joue, etc. Continuez sans moi (j’ai le coeur faible) ! Quant à la fin de cette phrase : il faut penser à tous les séducteurs en herbe qui apprendront sans effort que pour séduire les femmes, il suffit de suivre la méthode Lévy et de « caresser l’oreille du timbre grave de sa voix ». On rejoint Maurice Chevalier : « Mon amour, allez-y, ça prend toujours, mon amour... ».
5- « Si tu savais tous les chemins... » - On dit que tous les chemins mènent à Rome. Dans le roman fleur bleue, tous les chemins mènent au coeur de l’héroîne. Stéréotype absolument indispensable au lecteur sériel (terme utilisé par les spécialistes) qui reçoit enfin la récompense qu’il attendait depuis le début : « l’Homme et la Femme unis dans la quête mutuelle » (Yves Reuter).
1+2+3+4+5 = ramassis de stéréotypes et de modèles caricaturés (selon Aurélia Durandal, Paris V René Descartes). Le lecteur sériel exige ce genre de mots-clés parce qu’ils lui servent de balises pour se repérer selon Nicole Roubine (L’Acte de lecture). Julia Bettinotti et Paul Bléton (dans les Actes du colloque Les mauvais genres) expliquent : « Le mauvais goût, ça s’apprend. N’est pas lecteur de mauvais romans qui veut : au-delà du stéréotype d’abrutissement, la lecture sérielle repose sur des règles bien précises. Un processus de reconnaissance est enclenché à partir des signaux linguistiques. » En effet coller, prendre dans ses bras, effleurer, caresser sont des mots anodins quand ils sont pris séparément, mais quand ils sont combinés selon la formule stéréotype, ils dégagent plus de chaleur que la fusion thermonucléaire. Faites rimer caresse avec ivresse et vous verrez l’effet dévastateur. C. Q. F. D.
B- La dentelle effilochée (fausse poésie)
1- « j’apprendrai tes réveils, j’inventerai tes nuits... » - Comme le dit si bien Pierre Jourde (Grenoble III), « On n’est pas poète sans obscurité, on ne comprend pas toujours bien, mais qu’est-ce que c’est beau ». Selon lui la fausse poésie doit contenir une impropriété qui donne l’illusion d’une beauté cachée que le lecteur n’ose pas mettre en doute de peur de paraître plouc. Jourde parle lui aussi des mots clés qui font ding comme sur du cristal. Ici nous sommes gâtés, nous avons : apprendre et réveil, inventer et nuit. Quel lecteur ne rêve pas de s’entendre dire un soir, près du feu : « j’apprendrai tes réveils, j’inventerai tes nuits ». Baisse un peu l’abat-jour, mon amour !
2- « J’effacerai tous les destins tracés... » - Effacer et destin, un grand classique de l’académisme sentimental selon les critiques. Sublime ! Mais à bien y penser, cela manque un peu d’obscurité. Pourquoi ne pas faire plus chic encore ? Par exemple : je déroberai tous les destins ?
1+2 = toc, toc, toc. Flaubert disait : « Il ne faut pas toucher aux idoles : la dorure en reste aux mains ».
C- La philosophie de comptoir
1- « rien ne sera plus jamais pareil » - Suprême banalité. Preuve que la philosophie du salon de thé rivalise avec celle du café du commerce. Classique Harlequin placé généralement un peu avant les dernières pages, exactement comme chez Lévy.
2- « et si tu es seul nous serons seuls à deux. » - Sophisme qui essaie de passer pour un paradoxe original, un genre qui réussit parfois à condition de ne pas se prendre les pieds dans les fleurs du tapis. Il faut quand même reconnaître que Marc sait habiller ses sornettes mit extreme Eleganz.
3- « Je voudrais que notre temps s’arrête pour pouvoir le vivre, mais ce temps-là nous lie sans nous appartenir. » - Métaphysique eschatologique trancendantale (c’est-y pas fort ca ?). Einstein peut se rhabiller avec sa théorie de l’espace-temps. Racine (Les Plaideurs) avait pourtant crevé ce genre de ballon quand son Petit Jean déclare pompeusement : « Messieurs, quand je regarde avec exactitude l’inconstance du monde et sa vicissitude, lorsque je vois, parmi tant d’homme différents, pas une étoile fixe et tant d’astres errants... ».
4- « Je suis d’une autre société où tout n’est que personne, tout n’est qu’unique. » - On revient à Pierre Jourde : si vous n’êtes pas sûr d’avoir compris, c’est donc profond et « qu’est-ce que c’est beau. »
5- « je suis le mal, toi le bien, je suis ta différence » - Enfer et damnation ! Nous sommes dans le Jurassic Park de la philosphie. Classique des classiques, la lutte du Bien contre le Mal comme le remarque Lucette Czyba (Le roman sentimental). Tous les auteurs qui étudient la culture du navet insistent sur l’importance de ce cliché. Notons ici que, dans ce domaine, Harlequin se situe au 36e dessous par rapport à Georges Bernanos.
1+2+3+4+5= propos pseudo-cosmiques sur le zinc du bistrot selon Pierre Jourde. Mais Jourde oublie le salon de thé et le salon de coiffure qui sont aussi les hauts lieux de ce genre de philosophie au ras des pâquerettes.
En résumé
Même sous forme de lettre ou de discours indirect cette page aurait été le plus bel exemple du style pompier. Dans la bouche des personnages, cette déclamation, hautement improbable, devient tout bêtement infantile. Ce style boursouflé fait penser au maquillage burlesque d’une drag queen (direct from Las Vegas).
Oublions encore une fois Balzac, Flaubert, Proust. La plupart des lycéens avoueront d’ailleurs qu’on les a longtemps fait suer (j’avais d’abord écrit chier, mais une amie m’a tapé sur les doigts, - toutes mes excuses !) avec ces foutus classiques.
Il suffit de comparer le texte de Lévy avec L’écume des Jours de Boris Vian par exemple, pour s’apercevoir que la même matière romanesque - sentiment, poésie, philosophie - peut devenir, grâce à la fantaisie et à l’humour, de la littérature.
LITTERATURE, ce beau nom est enfin prononcé. On finira sûrement par l’oublier !
P. S.
Malgré l’affligeante banalité des navets de l’édition sentimentale, les femmes qui apprécient ce genre ne sont pas du tout en mauvaise compagnie. Les études révèlent qu’il ne s’agit pas de ménagères incultes, mais en majorité de femmes qui ont fait des études supérieures et qui exercent une profession. Attention ! Les mêmes études montrent que les livres qui se vendent le plus sont lus par ceux qui lisent peu.
Dommage pour la LITTERATURE.
Quelqu’un me suggère une solution humanitaire. Pourquoi ne pas acheter les romans Harlequin, www.harlequin.fr (3€20, pas cher si l’on compare à Lévy chez Robert Laffont, 20€ et envoyer la différence aux victimes du tsunami. A moins que vous ayez envie de lire un jeune écrivain très prometteur (malgré le Goncourt) : Laurent Gaudé.

Où es-tu ?
nirnaetharnoediad - le 19/01/2005 à 16:50

Samarkand a dit :

Il suffit de comparer le texte de Lévy avec Lécume des Jours de Boris Vian par exemple, pour sapercevoir que la même matière romanesque - sentiment, poésie, philosophie - peut devenir, grâce à la fantaisie et à lhumour, de la littérature.


Ouais, enfin, attention à ne pas comparer l'incomparable... Lévy c'est de la littérature de bas-quartiers, Boris Vian c'est... Ils ne s'adressent pas au même public ^^
Edit: même chose pour Camus, Balzac et autres

Où es-tu ?
Choucroot - le 19/01/2005 à 16:59


Mais la, c' est VRAIMENT CARREMENT h-s .
Je crois que je vais quand même garder ces deux postes de côté, au cas ou une guerre thermonucleaire anihilais les serveurs de krinein, on pourra reconstruire un monde dans lequel y' ora au moin UNE connerie qu' on fera pas: acheter des livres de Marc Levy ( qui a d' illaur un jour ecrit l' edito de Joystick ).

Où es-tu ?
Sphax - le 19/01/2005 à 17:00

Commentaire trouvé dans la vitrine d'une librairie près de ma chambre à propos de ce dernier ouvrage de Marc Lévy :

"Marc Lévy ou...Passe-moi l'oseille !!!"

Je pense que tout est dit.

Où es-tu ?
Veterini - le 19/01/2005 à 17:03

sinon on en avait déjà parler :
ici
bon c'est nettement moins interressant que ton explication de texte, mais ça m'évite me répéter.

ah oui

gregorianlight a dit :

Au fait, il était question que Spielberg adapte "et si c'était vrai...", c'est toujours d'actualité ?

je vais en faire des cauchemards je le sens, deux sirupeux ensemble je préfére ne pas imaginer (imaginer qu'en plus il réussise a foutre des gosses dedans...)

Où es-tu ?
Choucroot - le 19/01/2005 à 17:07

Et que le dit gosse ne soit capable que de dire "je t' aime". Et qu' en plus ca serai un robot. Et qu' il ai une tronche insuportable. Ah non c' est deja fait ca.

Où es-tu ?
Grrr - le 19/01/2005 à 21:45

Ooooh Samarkand, mes yeux ont effleuré ton post et ma bouche caressé tes mots , qui ont recousu mes blessures et j'ai preque collé mes 2 grosses joues sur mon moniteur parce que je vois pas bien desfois, et je me suis dit: ce post a l'air rudement bien documenté tu pourrais nous faire une petite bibliographie des ouvrages que tu évoques s'il te plaît ?


Je me souviens d'un livre assez drôle qui dénigrait les comptes de fées et leurs héros et héroïnes neuneu, c'est très connu mais j'en ai oublié le titre !

Où es-tu ?
Internaute - le 19/01/2005 à 22:35


oui, c'est un vrai régal, ton post, Samarkand

j'ai beaucoup apprécié le côté documenté et humoristique. allez, avoue que tu ne l'as pas écrit que pour nous
mais peu importe. c'est fort intéressant.

pour commencer la biblio, il y a le Dictionnaire des clichés littéraires de Hervé Laroche (seulement 7 E), je l'ai pas encore lu mais les extraits que j'en ai entendus à la radio sont savoureux.

un ti extrait :
" Bond : mode de déplacement réservé à certains animaux dans la vie ordinaire, mais très commun chez les personnages littéraires. A ces mots, il bondit . Mieux : il se leva d'un seul bond (au lieu de trois ou quatre habituellement ?). Préciser chaque fois que nécessaire : sur ses pieds . Mode de propulsion recommandé : le ressort. Comme mue par un puissant ressort, elle bondit sur ses pieds."

prochain achat de bouquin en vue pour moi
le Laroche, hein, pas le Lévy

Où es-tu ?
gregorianlight - le 20/01/2005 à 15:02

la question est peut on aimer lire boris vian, et aimer AUSSI lire marc Lévy ? De la même façon que l'on peut aimer écouter Mozart, et AUSSI , dans d'autres occasions il va sans dire, Robbie Willams.... etc
la ménagère inculte et victime du book business et l'intello exclusif "high end" ne pourraient ils pas se marier et avoir beacoup de petits lecteurs ecclectiques qui assumeraient de lire "Fluide Glacial" dans le train et "l'insoutenable legereté de l'être aux toilettes...?

Au passage bravo à Samarkand pour sa verve, et son analyse ...implacable !

Où es-tu ?
Veterini - le 20/01/2005 à 16:21

Je comprends pas ce que tu veux démontrer, que si on assume de lire un livre ça le rend meilleur ?
je ne comprend pas non plus la métaphore des enfants, quil faut faire de la pub pour ce qui mauvais, et cacher que lon lit des trucs « dintello » ?

Où es-tu ?
gregorianlight - le 20/01/2005 à 16:41

je trouve juste un peu ridicule de coller une étiquette sur chaque lecteur, "toi tu lis Lévy t'es comme ça toi tu lis vian t'es autrement." Quand à mes "enfants", je voudrais juste qu'ils ne se sentent pas obligés d'appartenir à une "catégorie de lecteurs" .
Non, si on assume de lire une merde ça n'en fait pas un bon livre, mais
1n ne saura pas que c'est si mauvais tant qu'on ne l'a pas lu.
2: Je revendique le droit de lire des merdouilles gentillettes parce que ça détend ET des BD ET des traités de philo ET de la SF ET du théatre ET de la poésie ET boris Vian... sans aure échelle de valeur que le plaisir que j'y prend et surtout pas parce que le fait de lire tel livre me place dans telle catégorie intellectuelle.

Où es-tu ?
Grrr - le 21/01/2005 à 17:14

Je crois que ce qui est visé dans ce topic c'est le fait que Marc Lévy utilise, comme beaucoup d'autres auteurs des recettes éculées pour vendre, on lui reproche son manque d'originalité voire de ''sincérité'' d'une certaine manière^^
je suis entièrement d'accord avec ton 2/, on peut lire Picsou magazine , Courrier international, les auteurs classiques , des essais d'obscurs scientifiques polonais du 18ème ...etc, etc.
Enfin quitte à lire une histoire romanesque avec des héros courageux et dignes et pleins de bon sentiments itou itou je préfère lire , je sais pas , "Au Bonheur des dames" de Zola , que le dernier Marc Lévy (sans le Happy End il y a le fameux "l'Ecume des jours" du dit Vian aussi )

Où es-tu ?
hiddenplace - le 21/01/2005 à 19:24

Bon, petite remarque anodine et pas très développée (en ce moment je suis pas trop motivée pour faire long), mais Samarkand, c'était un plaisir de lire ce lancée de tomates fort bien écrit et agrémenté de toutes ces références. Comme Belfé et Grrr, ça me donne envie de me pencher sur les ouvrages cités, et ça me rebute suffisamment de Lévy pour ne même pas toucher à mon "et si c'était vrai" qui traîne chez moi depuis un moment.

Petit reproche sur la forme (désolée ): je crois que ton ptit (façon de parler!) essai y gagnerait à être plus aéré, voire même avec des passages en gras ou en italique, et surtout des paragraphes plus séparés.
Voilà, c'était le conseil du jour, pour le confort du lecteur surtout, tu en fais ce que tu veux, hein^^

Où es-tu ?
Samarkand - le 21/01/2005 à 21:20


Samarkand
Das ist mein eigene Geheimnis...
*Eh oui ! J’ai écrit mes vacheries pour Krinein parce qu’ici je savais que les copains en avaient vu d’autres et que je pourrais leur tanner le cuir. Histoire de boxer un peu pour se tenir en forme. Je ne pouvais quand même pas envoyer ça à resonance-online.com. J’aurais eu l’air d’enfoncer la porte d’une crèche avec un kalachnikov et des bottes cloutées.
*Au sujet des clichés littéraires. Si les romans de Lévy (je vais finir par le lâcher, le pauvre !) coûtent 20€ chez Laffont, le livre d’Hervé devrait se vendre 7000€ au lieu de 7€. On se poile du commencement à la fin : il faut pas lire ça dans le métro parce qu’on manquerait d’espace pour se taper le cul par terre. J’ai rarement vu un humour aussi bien ciblé (un carton sur chaque cliché). Ce gars-là devrait participer aux prochaines Olympiques : à cinq cent mètres, il est capable de choisir quelle patte il va casser à une mouche. J’ai vécu quelque temps en Angleterre et c’est la deuxième fois (après Pierre Daninos) que je vois un Français manier aussi bien l’humour britannique, la litote, que l’ironie à la française. Un livre équivalent à Londres se vendrait à cinq millions d’exemplaires. Mais Hervé n’est pas méchant, à preuve sa postface. D’ailleurs il est à conseiller de commencer la lecture par ces huit pages de la fin.
*J’ai écrit à Hervé pour lui signaler quelques autres clichés en les glissant dans un petit texte que voici (en respectant l’ordre alphabétique) : « Elle assurait (x) le remplacement d’un collègue lorsque le téléphone grelotta (x) dans le bureau voisin. Elle allongea ses jambes interminables (x) et devint songeuse. Ce bruit pourtant familier l’interpellait (x) comme s’il était porteur (x) d’un avertissement. Elle revint à la réalité et décida de procéder (x) au classement des dossiers, littéralement scotchée (x) à son siège, tétanisée (x) à l’idée que le patron puisse la surprendre dans sa rêverie. C’est à ce moment qu’il entra, le chapeau encore vissé (x) sur la tête... » J’imagine à quelle sauce Hervé pourrait apprêter ces clichés. Mais comme il le dit lui-même, on ne peut pas éviter tous les clichés.

Où es-tu ?

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