

Tout commence un 13 juillet 2068, lors d'un vol spatial reliant la Thaïlande à l'Angleterre. A bord de la navette des passagers dont Yuri et sa femme : un jeune couple heureux. Mais soudain, un débris vient percuter une vitre de l'appareil.
Six ans plus tard, on retrouve Yuri engagé comme nettoyeur de l'espace. Avec ses collègues Fee et Hachimaki ils ont pour rôle de récupérer les débris pouvant provoquer de graves accidents sur les stations spatiales et navettes. Un travail laborieux, dangereux et pas très gratifiant...
Avec cette oeuvre, Génération Comics frappe fort. En effet, Planètes est sans nul doute le meilleur manga du catalogue de l'éditeur et pourtant il fait face de concurrents de taille tel que 20th Century Boys pour ne citer que lui.
Planètes est le tout premier manga de l'auteur, pourtant force est de constater que cette oeuvre n'a rien d'un travail de jeunesse, ni de débutant. En effet, en seulement quatre volumes, le mangaka trace les contours d'une saga qui restera comme l'une des plus prodigieuses de l'histoire du manga. Certains auteurs sont plébiscités pour leur imagination, les scènes d'actions qu'ils mettent en page, les univers qu'ils créent, Makoto Yukimura pour sa part reste plus terre à terre (sans mauvais jeu de mot) et préfère centrer son récit sur le futur hypothétique de l'Homme. Planètes est donc un manga d'anticipation très réaliste, à tel point qu'il semble inévitable. Outre cet aspect sophistiqué, le charme du manga est surtout du au talent de conteur de Makoto Yukimura. Prenant comme point de départ une petite équipe de trois personnes, l'auteur arrive à développer une histoire à l'échelle planétaire. Sans exagération, celui-ci augmente de manière naturelle sans forcer le trait, le focus autour des protagonistes. Pourtant, les personnages ne sont pas des héros, justes des hommes avec leurs défauts et leurs rêves.
D'une manière saisissante, l'auteur nous invite donc à partager des morceaux de vie des personnages. Le lecteur les voit évoluer, grandir et mûrir au fur et à mesure. Souvent dans une histoire, on ressent implicitement que l'auteur fait évoluer ses personnages dans le scénario qu'il a écrit. Dans Planètes c'est l'inverse qui se produit. Hiroki Yukimura parvient à donner le change et s'imagine que le récit évolue en fonction des actions des acteurs. Cette sensation renforce l'intérêt du lecteur qui se prend d'affection pour les héros de manière encore plus significative.
Si à première vue on pourrait reprocher une certaine mollesse au titre, il n'en est rien. Contemplatif serait un terme plus adéquat qui conviendrait parfaitement à cette oeuvre. Car l'histoire de Yukimura est universelle, réaliste et empreinte d'une certaine poésie se terminant en apothéose par un hymne à l'amour loin des clichés du genre.
Graphiquement, le travail de l'auteur est à la hauteur de son talent de conteur, Planètes est de toute beauté. Le travail du mangaka, Makoto Yukimura ressemble aux premiers abords à un croisement des styles graphiques de Hiroki Endo (Eden) et de Naoki Urasawa (Monster, 20th Century Boys). La comparaison est donc flatteuse. Pourtant, le travail de l'auteur n'est pas exempt de défauts. Ainsi, les visages sont pas très bien maîtrisés (les yeux sont placés souvent trop haut) et le cadrage apparaît au début assez approximatif. Pourtant au fil des volumes, le mangaka s'améliore et prend de l'assurance. Dès le volume 02, les défauts graphiques disparaissent pour laisser place à des planches somptueuses et très détaillées, Makoto Yukimura frôlant alors le chef d'oeuvre avec ses dessins de paysages et les nombreuses pages couleurs... Rarement on aura vu un mangaka réussir à rendre si bien l'immensité et la beauté de l'espace. Les planches de l'auteur sont de véritables tableaux à contempler. Il n'est pas rare de rester fixé sur une page pendant plusieurs minutes. Le dessin est si saisissant que l'on a parfois l'impression de littéralement contempler l'espace.
En outre, Makoto Yukimura arrive, malgré la richesse des décors et le foisonnement des détails, à rendre son dessin fin et très lisible. L'auteur est aussi à l'aise pour mettre en scène l'infini de l'espace que pour décrire les relations plus intimistes de ses protagonistes.
Génération Comics nous propose Planètes comme à son habitude à un prix relativement élevé. Pourtant cette fois ci, on ne pourra pas se plaindre car l'édition du manga est de grande qualité. Les pages couleurs sont toutes conservées, le papier est de bonne qualité et la traduction plutôt bien travaillée. De plus, les volumes sont assez volumineux. Au final, l'édition est d'un rapport qualité/prix pour une fois correct.
Vous l'aurez compris, Planètes est une expérience unique à vivre dans le domaine du manga. Un chef d'oeuvre qui devrait trouver sa place dans toute bibliothèque.
Encore un mot : Merci M. Makoto Yukimura.
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