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River's Edge
Critique par
juro - le 26/04/2008

6.5
Down by the river
24 %
43 %
14 %
19 %
On avait déjà vu de quoi était capable
Kyoko Okazaki avec un
Pink
très noir. On saura désormais que le fond de commerce de l'auteur
consiste à placer ses personnages dans des situations morbides ou
glauques avec une relative facilité. Les portraits de jeunesse de
plusieurs lycéens nippons se trouve ainsi dévoilés dans
River's Edge.
Sept personnages, tous différents, qui tombent dans des excès, des
dépendances ou des systèmes dans lesquels ils deviennent des
prisonniers et dans lequel les adultes apparaissent bien absents...
Autopsie de la jeunesse décadente

River's EdgeQui a dit que l’adolescence était la plus belle
– et la plus insouciante – période de l’existence ? L’adage ne
correspond en tout cas en rien au quotidien de Haruna, Yamada et Kozue.
Ils sont encore au lycée, et déjà malmenés par la vie : Haruna s’impose
un petit ami violent qu’elle n’aime pas, Yamada, jeune homme attiré par
les garçons, se fait régulièrement tabasser, et Kozue est une beauté
boulimique qui se force à vomir. Mais un curieux événement va unir les
trois adolescents. Yamada, découvreur d’un cadavre dans un terrain
vague, décide en effet de faire partager sa macabre trouvaille avec
Haruna. L’endroit désolé devient alors le théâtre d’amours, de
confidences et de désillusions...
Si Pink pointait du doigt le monde la mode, River's Edge tape dur l'adolescence nippone en proie à tous les excès. A croire Kyoko Okazaki,
tous les adolescents apparaissent comme des monstres à des degrés plus
ou moins grands. Morbidité, boulimie, violence physique, repli sur soi,
prostitution, jalousie dévastatrice et manque de confiance sont les
principaux faits du seinen
manga. Rien de réjouissant au programme mais le thème est riche et
lorsque les divers protagonistes de l'histoire se côtoient au
quotidien, les situations se mélangent à souhait permettant aux
personnages d'évoluer rapidement dans des contextes d'entraide et de
réflexion sur leur condition dans un scénario global sans fil rouge,
tel une sorte de chronique d'une vie quotidienne "pas si quotidienne".
Celui qui concentre quasiment toute l'attention se nomme Yamada,
homosexuel auto refoulé qui porte de nombreux masques mais aussi une
morbidité assez affolante qu'il offre au monde par son regard vide.
Seule Kozue
semble le comprendre car elle aussi a perdu ses dernières illusions
dans un monde qui a fait d'elle une star boulimiques, se retranchant
derrière cette barrière pour se prémunir. Et lorsqu'un troisième
personnage (Haruna)
pénètre ce monde bon gré mal gré -en faisant office de narrateur et de
lien avec la quasi totalité des personnages- elle ne soupçonne pas une
seconde que des gens de son âge peuvent arriver à de telle extrémité.
Les monstres se rencontrent, s'apprécient ou se détestent mais a
tellement peu d'argument à faire valoir qu'elle préfère oublier. Une
tare toute aussi important que les autres sept nouveaux péchés capitaux
de la jeunesse contemporaine décrite par l'auteur.
Noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir
Et
si finalement c'était elle la pire ? Ne disant rien mais connaissant
tout ou se mettant un bandeau devant les yeux, Haruna n'attire pas la
sympathie malgré son côté entreprenant et grande gueule envers son
pseudo amoureux incontrôlable ou son amie prostituée dont elle ignore
tout. Les autres personnages secondaires ont à peine la place de
s'exprimer mais leur vice porte aussi moins à la discussion tellement
ils ont été évoqué dans le manga en général. Ainsi, Okazaki cerne
plusieurs maux, inscrivant chacun dans une évolution incertaine, sur la
brèche et le fil du funambule en même temps pour mettre en garde les
adultes -à qui le titre est destiné- sur les nouveaux dangers entourant
les ados. On sait Okazaki pessimiste, on le voit encore à travers
River's Edge mais elle pousse parfois le bouchon trop loin, inscrivant
des passages peu intéressants pour tenter de choquer. Ce n'est pas
toujours réussi et cela peut créer aussi un effet boule de neige contre
certains pans de l'intrigue qui finit même un peu en queue de poisson.
Comme pour Pink, on a le droit à une galerie de personnages assez
bizarroïdes avec des regards sans vie et une fausse naïveté du trait
rond comme pour tenter de provoquer une confusion auprès du lecteur.
Chose réussie. C'est presque d'autant plus parlant de regarder des
personnages classiques faire des horreurs avec une petite pointe
d'humour lorsqu'il ne se passe pas grand-chose. On concédera volontiers
que River's Edge ne représente pourtant pas une révélation graphique.
River's Edge porte un regard sombre sur la jeunesse actuelle. C'est
glauque, ça sent en partie la réalité. La critique du monde actuel vu à
travers des portraits écorchés vifs n'est pas une première mais sa mise
en forme prouve que le seinen aborde de manière constructive mais pas
toujours avec beaucoup d'espoir des problèmes graves d'une jeunesse en
détresse.
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