L'immense bibliographie de Osamu Tezuka laissera sans doute peu de
place pour
Shumari, titre mineur autant par son sujet que par son
traitement. Quatre volumes pour un seinen qui se veut être une épopée
épique au sein de Hokkaïdo, terre des natifs aïnus et des colons
japonais. Bien loin de la passion que Tezuka est capable d'insuffler
dans des mangas d'époque comme
Dororo, Ayako ou
L'Arbre au Soleil, ce
titre se révèle juste comme une honnête intrigue supplémentaire avec
quelques bons instants et une liberté de ton certaine par rapport.
Shurivari

Shumari (c) TonkamShumari (renard en français) est un aïnu qui parcourt le Japon à la recherche de Shoma
Otsuki. Ce dernier a en effet enlevé son épouse et disparu sans laisser
de traces. A la suite d’un malentendu, il tue quelqu’un et se retrouve
poursuivi par les forces de l’ordre et est forcé de fuir et de vivre
comme un fugitif.
Rapidement, on se rend compte que l'objectif de l'auteur est de
présenter une guerre à distance entre un clan possédant de nombreuses
richesses et une sorte d'ermite aux multiples talents. Si celui de
l'agriculture et de l'élevage lui échappe,
Shumari se révèle être rusé
comme un renard et doté d'une force impressionnante. Face à lui se
dresse la famille Dazai, tous aussi mauvais les uns que les autres, et
la naissance d'un véritable combat sur des années... Shumari n'aspire
qu'à une vie tranquille mais il semble être aimanté vers les problèmes
de tout poil et les rencontres désagréables à tel point que son destin
se retrouve souvent chamboulé par ses décisions envers autrui. car oui,
derrière ce visage de marbre se cache un coeur tendre et c'est sans
doute la principale faiblesse du manga. Cette facette du protagoniste
se montre en totale inadéquation avec son trait principal de caractère
: l'indépendance. A la limite d'être misanthrope, Shumari change
brusquement de décision pour revenir souvent sur ses pas pointant du
doigt ses propres choix de manière incompréhensible pour se retrouver
pris à son propre piège. Son ambigüité aurait pu faire sa force mais
bien au contraire elle le dessert, lui faisant perdre une grande partie
de son charisme.
Seul contre tous
Or, comme souvent sur Tezuka, c'est autant sur le personnage que sur
l'histoire que repose l'importance de son manga. Et comme le scénario
ne s'impose pas véritablement comme irrésistible, on attendait plus du
personnage. Cependant, Tezuka reste égal à lui-même et son manga
surpasse largement une grande part des productions actuelles.
Shumari
manque juste de cette intensité que l'auteur avait su donner dans tant
d'autres. Au final, on se retrouve avec un manga agréable mais avec
plusieurs faiblesses dommageables que l'auteur aurait certainement pu
gommer en créant un personnage moins chevalier servant.
Trente ans, c'est l'âge de
Shumari. Mais Tezuka est toujours actuel.
Son trait est inusable et même s'il n'a pas la portée de ce lui de
L'Histoire des 3 Adolf, Shumari se classe dans la lignée de sa route
vers la gloire avec des personnages féminins élancés, des méchants
souvent ridicules et un protagoniste homme fort des cavernes au regard
franc. On dénotera juste la quasi absence des personnages réguliers de
l'auteur dans cette oeuvre, presque comme une surprise.
Un manga pour compléter sa collection de Tezuka, certainement pas la
meilleure production du maître parue à l'heure actuelle. Juste un beau
voyage au pays des aïnus (qu'on ne voit pas beaucoup d'ailleurs) pour
un titre qui aurait sans doute pu s'approcher d'un cran de qualité
supérieure s'il avait évité deux ou trois lacunes.
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