Le nerf de la guerre reste l'argent aussi bien pour les capitalistes que pour
Ushijima, l'usurier de l'ombre. Habitué à faire raquer une population du paraître dompté par ce maître mot, le héros de ce manga
représente le principal observateur de cette société en décomposition,
placé dans une dépendance souveraine à l'argent. Argent, dépendance et
surtout rapport de force entre le monde la pègre et celui des gens
communs. Les mauvais héros du quotidien apparaissent à l'honneur dans
ce titre d'une noirceur profonde.
Money, money, money...

Ushijima (c) Kana
Une
journée ordinaire débute pour
Ushijima : des clients font la queue pour
lui emprunter de l'argent. Pour
Takada qui débute au service de
l'usurier, c'est la découverte d'un monde souterrain où l'argent règne
en maître.
Guidé par
Ushijima,
Takada apprend les ficelles du métier, et les
combines pour soutirer aux clients leurs derniers sous... Sans aucun
état d'âme !
Ushijima
est une satire de la société nippone actuelle par le biais de portraits
de certaines tranches de population très particulières : petit chef de
gang, femme au foyer accroc au jeu, arnaqueur à la petite semaine...
Tous se regroupent autour de la pompe à fric représentée par un usurier
de l'ombre, sorte de prêteur sur gages -fin physionomiste devant
l'absolu- "offrant" de l'argent à de futurs "esclaves" à des taux
d'intérêt exorbitants. Les emprunts s'accumulent et les dettes aussi...
Ainsi que les soucis... Car cet usurier n'a rien de commun avec un
banquier courant, il est prêt à user de tous les moyens pour récupérer
les traites dues au jour le jour par ces clients. Si le sujet pouvait
ne rien avoir de haletant au premier abord, la mise situation signée
Shôhei Manabe
se veut radicalement noire et glauque. Le manga s'attaque à montrer les
torts et travers de la société dans ce qu'elle possède de plus
détestable. Der la même manière que
Ki-itchi
!! ou les titres d'
Inio Asano, l'auteur remue des choses malodorantes
sans prendre de précautions avec son lecteur de telle manière que les
chocs visuels sonnent encore plus forts. Et
Ushijima
regorge de chocs visuels... Rien que son personnage principal, sorte de
monstre physique, colosse calme au regard de braise donne une
impression de mal-être au premier regard. Mais son rayonnement attire
tout autant que son but mal défini encore...
Des loups dans la bergerie
Ici
bas, seul le fric compte. Tous les acteurs du titre l'ont bien compris.
Fric égal pouvoir, pouvoir égal vie aisée. Logique simple mais
implacable. Même si pour obtenir cette source de pouvoir il faut en
passer par des actes illégaux. Le dénommé colosse
Ushijima
possède des méthodes bien rodées qui lui donnent des résultats
évocateurs mais au-delà de la violence verbale et physique
omniprésente, ce qui retient l'attention du lecteur tient dans la
perceptible tension qui se dégage de toute action calculée. Et tout
amateur qui tendrait à se soustraindre à ses dettes risque de le payer
cher. Comme des proies ne pouvant rien face à l'inéluctable plan
machiavélique d'un système sans faille. Des lapins tombant dans des
pièges à ours pour être finalement dévorés par les loups. Mais
attention, de jeunes loups rôdent dans le repaire du chef de meute...
Manabe montre tellement de thèmes dans ce manga que l'on ne peut
évoquer que quelques uns : dérive de la société, règne du tout argent,
fin de la solidarité et de l'entraide entre hommes, loi du chacun pour
soi prédominante, obsession et vices de l'âme humaine. Noir. Très noir.
Le trait évolue considérablement en bien entre les volumes successifs.
Des débuts assez patauds, les progrès sont rapides pour offrir un
personnage principal encore plus inexpressif (sauf à des occasions très
ponctuelles) et charismatique. Les personnages secondaires, souvent
véritables moteurs des intrigues, se démontent progressivement pour
finir par toucher au ridicule, ne sachant pas à qui ils se sont
attaqués. L'ensemble est assez hétéroclite mais vraiment supérieur à la
moyenne actuelle de mangas du genre.
Un très bon manga qui tourne autour d'un même sujet avec une véritable
conscience d'un mal-être sociale vue par l'autre bout de la lorgnette,
celui dans lequel tombent ceux qui n'ont plus d'espoir ni confiance.
Une véritable réflexion sur les bas fonds qui ne veulent pas être vus
autour de nous. Et encore une fois, une réussite sortie chez Kana.
Avis des internautes
Accéder à l'accueil du site