Dido - Life for Rent

Critique par camite - le 12/10/2003 visuel Dido - Life for Rent
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Voilà un peu plus de deux ans que le monde entier a découvert Dido Armstrong. D'abord par l'intermédiaire d'un featuring malin proposé par Eminem (Stan) qui implanta durablement dans nos têtes un joli couplet de Thank You, chanson que personne ne connaît alors (façon de parler). Puis par l'album No Angel, prêt à s'envoler depuis la fin du siècle dernier, qui ne pouvait rêver meilleure rampe de lancement que le multiseller Slim Shady. Avec ses ventes limite insolentes (douze millions de copies), la jeune songwriter laisse plus d'un observateur dubitatif. Une bonne bouille, une image suffisamment lisse pour MTV ? Un côté Bridget Jones dans lequel tout un chacun peut se retrouver ? Le seul effet Marshall Mathers ? Quelques écoutes sérieuses fournissent pourtant une réponse plus évidente (mais sans doute pas au goût des gardiens du temple) : Dido, à défaut de révolutionner quoi que ce soit, enregistre de bonnes chansons.

Life for Rent, le nouvel effort solo de la demoiselle, subit avant même sa sortie le scepticisme attendu. Déjà diffusé jusqu'à l'overdose par les radios, le single White Flag apporte de l'eau aux moulins de ceux qui prédisaient à la chanteuse une carrière courte et un succès illusoire. Pas de quoi tomber à la renverse ou se demander si c'est bien Dido qui chante, là. Mais pour qui sait encore écouter plus loin que le bout de son oreille médiatique, le cas mérite attention. Certes, White Flag ressemble à Here With Me, successfull single de No Angel. Certes, Stoned (le morceau suivant) rappelle les arrangements souvent de mise sur le premier album avec son beat discrètement electro et ses nappes de synthé bien proprettes. Arrivé à la track 3, on se demande si le disque n'a pas sauté pour nous ramener à White Flag...

Et pourtant, Life for Rent véhicule quelque chose. Difficile à définir mais bien palpable (oui, je palpe la musique). A l'instar de No Angel, Dido nous gratifie d'une écriture limpidement sonore qui, sans en faire des tonnes, touche souvent juste. La récurrence du thème incontournable chez tout artiste multimillionnaire qui se respecte (l'amour et ses insondables tracas) peut lasser, mais les textes (comme le monde, dirait James Bond) ne suffisent pas. Vocalement, statu quo. Les charmés de la première heure retomberont dans le (délicieux) piège, les insensibles le resteront à n'en pas douter. Côté production, la famille Armstrong livre un boulot irréprochable quoiqu'un brin synthétique. Rien ne déborde, tant mieux ou dommage, selon les goûts.

Mais le point sur lequel Dido emporte le morceau réside dans le songwriting : dans les différents genres abordés (pop acoustique, drum n'bass, orchestration plus ou moins symphonique), les chansons tiennent parfaitement debout (à l'inverse des chansons dites "assises", donc, faut suivre), les vocalises ne gênent jamais les instruments (et inversement) et un morceau comme See you when you are 40 mériterait la mise sous verre en vue d'enseigner l'harmonie pop dans une hypothétique école de composition de chansons. Cela dit, tout ce qui séduit des millions d'auditeurs dans cet album rebutera les autres pour... exactement les mêmes raisons. Gloire ou gésir, il faut choisir.


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