Pour expliquer la semi-déception ressentie par le chroniqueur, il me semble que citer Michniak lui-même sera ( presque ) suffisant.
" Je ne tiens pas spécialement à vous accrocher avec du style mais j'y suis obligé. Sans quoi il n'y aurait sans doute pas lieu d'être commercialisé. Mais sachez bien que c'est de la merde. Tout ce qui fait qu'on parvient à décrocher un rôle dans ce monde vient de la partie la plus merdique de nous-même."
Il est clairement dit, donc, dans ce premier album, que la violence et la noirceur est outrée, comme si elle était vue au microscope, envahissant tout le champs de vision et ne laissant place à rien d'autre. C'est là le style dont il parle.
Mais arrivé à son niveau d'implication dans la musique, Arnaud Michniak serait incohérent, s'il continuait, comme un aveugle, à cracher de la même façon, à chercher la formule parfaite qui va taper direct dans la tête de l'auditeur. Car le style, " sachez bien que c'est de la merde ", ce n'est qu'une béquille à la compréhension, une image clinquante mais rapidement ridicule, vite rouillée en fait, destinée aux enfants enfoncés hors d'eux-mêmes, que nous sommes presque tous, et pour presque tout le temps de nos vies.
L'album d'Anraud Michniak n'est pas qu'un album. Rien à foutre de la musique, de la chanson, d'un cadre ou d'une façon quelconque - rien à foutre de la définition étriquée qu'on pourrait donner, faute de savoir se taire, à une sorte de déclaration ( à ce mot, il faut enlever toute conotation pour n'en garder que le sens premier ). Ce n'est qu'une pensée exprimée par une voix et un langage, donc imparfaitement et incomplètement : pour preuve, les morceaux Poing Perdu dans lesquels la voix commence en disant " Je... " et s'arrête, ne sachant pas comment dire ce qui est inexprimable. Le silence est le fond et l'échec inévitable de tout essai de communication, et ce qu'il y a de puissant dans cet " album ", c'est la sincérité de son " auteur " qui ose ne plus essayer d'accrocher personne avec du style, qui est phase et harmonie avec sa compréhension du langage ( " Les mots aussi sont prisonniers. " ), n'a plus l'espoir ni d'être compris ni d'être soulagé d'aucune souffrance... Arnaud Michniak n'est sans doute pas paresseux - mais sa lucidité concernant le style et ses conséquences lui dicte de ne plus se forcer à rien, aucune tournure choc, d'oser exporter sa confusion et ses visions du mur avec les mots qui se présentent spontanément, c'est-à-dire avec ou SANS l'inspiration et les joliesses du travail littéraire. La chanson la plus pure et poignante de cet album, à mon goût, est celle qui a abandonné même la rime, apparemment chère à l'auteur, pour concentrer la quasi-totalité de l'émotion dans le " refrain ", musique et texte ensemble, je veux dire séparés mais côte à côte, la musique projetée en plein le coeur de celui qui écoute par la voix, forcément limitée et " handicapée d'essence ".
En fait, tout cet album raconte, très simplement, concisément, avec l'imprécision qu'oblige la pureté, l'échec de la langue à faire comprendre celui qui s'en sert. Il y a quelques autres sujets, mais tous en rapport, tous dérivant, tous SOUS cette conscience.
Et pour finir, je dirais que cet homme, Arnaud Michniak, par sa sincérité, nous interdit, nous empêche, abolit absolument la possibilité de l'admirer, d'éloigner son image de ce que nous savons être nous-même, de nous tromper sur lui. Ainsi, s'il ne met pas de boule, c'est qu'il a fini de jouer les fortiches, sans pour autant être passé du côté des larves, ce qui est, selon ma liste, très très rare. Et pourtant très très nécessaire - et je n'ai rien à dire sur la nécessité, elle est là, ceux qui la voient, ceux qui ne la voient pas...