Miossec - 1964

Critique par JC - le 29/03/2006 visuel Miossec - 1964
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On n'a pas tous les jours 40 ans
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La représentation sociale de la quarantaine chez les hommes se résume en gros à ça : un enfer où régnerait le Démon de midi entouré de ses deux cavaliers de l'Apocalypse, Dépression et Régression. Cliché ou pas, au cinéma c'est en tout cas sous cette forme qu'elle est souvent mise en bobine comme dans American Beauty ou Kennedy et moi avec respectivement Kevin Spacey et Jean-Pierre Bacri en losers de la "middle age crisis". En musique, cette "crise de la quarantaine" prend un tout autre sens, surtout lorsqu'elle se couche sous la plume d'un des plus grand auteur compositeur interprète de sa génération, Christophe Miossec né en 1964.

Depuis ses débuts, chez Miossec, l'amour est éternel perdant. Déjà sanctifié sur des titres comme le Chien mouillé sur l'opus A prendre ou la Fidélité, extrait de Baiser, l'amour dans ses déceptions atteint son climax dans 1964. D'entrée, l'anaphore éponyme au premier titre Je m'en vais met dans le bain ; un bain où les pétales des roses auraient été remplacés par leurs épines.

L'impression la plus flagrante qu'on ressent à l'écoute du disque est un sentiment de regret, d'avoir raté quelque chose, d'être passé à côté, sans avoir pu retenir quoi que ce soit. A l'image du poignant Dégueulasse, ou de Désolé pour la poussière où les deux temps utilisés soulignent cette sensation de profond regret, avec un futur antérieur décidément trop lointain et un imparfait amer. Ainsi, après 40 années, des idylles vécues, il ne reste que des prénoms (Rose), des dates (Pencôte), des lieux (Brest), des souvenirs (ta Chair ma chère) et des douleurs (tout l'album).

La quarantaine de Miossec suit ce sillon et pourrait, elle, se résumer à essayer (Essayons), à résister (le Stade de la résistance) et à Rester en vie, las et désenchanté entre la fuite et l'implosion, à l'heure des premiers bilans et autres regards en arrière à l'instar du titre en Quarantaine : "On vérifie si la bedaine / Et si le coeur sont bien accrochés / Quand trop lourde est l'haleine / Qui faut-il consulter ? / Je ne veux pas te faire de peine / Mais faut savoir un jour raccrocher".

L'ensemble de ces textes est, annonçons le tout de go, beau à se damner. Moins brute que sur les précédents disques mais tout autant violente, chacune des chansons de l'album est comme l'autopsie d'un coeur meurtri. Ne croyez pas pour autant que 1964 refile la sinistrose, la douleur évoquée et ressentie est une douleur apaisée, une cicatrice refermée, un trauma dont on a fait le deuil, une gouttelette salée s'échouant sur le rebord d'une bouche souriante.

Question musique, auparavant dépouillée celle-ci s'est enrichie. Outre son fidèle guitariste Yan Péchin, le chanteur s'est adjoint les services de l'Orchestre lyrique de la Région Avignon Provence sous la houlette de l'arrangeur Joseph Racaille, connu pour ses travaux avec Bashung, Fersen ou encore Arthur H. En résulte des compositions tantôt épures acoustiques, tantôt envolées symphoniques, tantôt morceaux rythmés, cela sans privilégier la forme au fond. Grandiose.

Entre la fuite en avant et le bilan introspectif, 1964 est un album où la maturité se pare d'une beauté terne et où la plus lumineuse chanson est Dégueulasse. Un chef d'oeuvre. Bravo, Monsieur Miossec.


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