Unkle - War Stories

Critique par Vincent.L - le 22/09/2007 visuel Unkle - War Stories
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9/10
La guerre des mondes
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L'année musicale 2007 est décidément un très grand millésime. Dans la flopée de grands crus qu'elle comporte, le troisième album d'Unkle s'impose comme le plus charismatique. De cette musique rock brut, parfois teintée d'électronique, il ressort (une nouvelle fois) une « coolitude » suprême. Le groupe anglais, toujours mené par James Lavelle (accompagné ici de Richard File et du producteur Chris Goss), dégage une puissance unique qui force l'admiration. War Stories est un disque furieux, nerveux, imposant, dense, ardent et triomphal.

L'album divise

Pourtant, l'album divise largement au sein de la presse musicale, entre admiration et déception. Beaucoup en effet voudraient retrouver l'éclectisme catalogue du premier opus (Psyence Fiction en 1998), signé par Lavelle et DJ Shadow. Un essai à tendance trip-hop qui, rappelons-le, avait rassemblé Alice Temple, Richard Ashcroft, Badly Drawn Boy, Mike D., Mark Hollis ou encore Thom Yorke. A l'époque, une grande majorité de critiques encensait le projet. Cinq ans plus tard, un deuxième album, beaucoup plus électronique et planant (Never, Never, Land en 2003), composé par Lavelle et Richard File, avait eu un grand mal à séduire le plus grand nombre (malgré les participations de Graham Gouldman, Josh Homme, Brian Eno, Jarvis Cocker, Joel Cadbury, 3D et Ian Brown). Trop ambitieux, trop électronique, trop génial ? Force est de constater qu'un véritable chef-d'œuvre allait pratiquement rester ignoré.

Heureusement, War Stories sort un peu plus la tête de l'eau. Il faut aussi dire que fasse à une telle ardeur rock tenue sans baisse de cadence pendant plus de 70 minutes, il est difficile pour l'auditeur de ne pas tendre une oreille excitée. Dès le titre instrumental Chemistry (suivant une sympathique et nostalgique intro sans nom), le ton est donné. Unkle a sorti la grosse artillerie (piano amer, batterie atomique, riffs destructeurs, violons perspicaces, basses saisissantes et un grain de folie à la limite du tapageur). La formation compte bien gagner sa guerre. Hold My Hand, chanté par James Lavelle, confirme les intentions. Sa rythmique nucléaire, ses couplets itératifs libérés par un refrain bourré de chœurs chavirants écrasent le peu d'adversaires qu'il pourrait encore rester face au groupe, de Primal Scream à Death In Vegas.

Tempêtes ensorcelantes

Davantage arrogant, Restless (avec Josh Homme de Queens of the Stoone Age) balance des missiles de guitares psychédéliques et des basses annihilatrices de toute résistance, jusqu'à indisposer par son accélération de tempo qui ne s'assume jamais vraiment. Chanté par Gavin Clark (du groupe anglais Clayhill), Keys to the Kingdom agite à peine le drapeau d'une trêve. Le refrain nous pousse dans des tranchées où quelques brins d'herbe verte sont visibles. Plus stratégique encore, Price You Pay (chanté par Richard Price), fait croire pendant près de deux minutes qu'il va s'orienter vers un Sigur Rós calme, avant d'éclater dans des tempêtes ensorcelantes, elles-mêmes rattrapées par une électronique synthétique et envoûtante, perlée de guitares seigneuriales. Les tumultes de batterie et de guitares du single Burn My Shadow rencontrent le chant mordant de Ian Astbury, sublimé le temps d'un luxueux pont de piano et d'un obsédant pont de chœurs.

Sur Mayday, une nouvelle attaque musicale fracasse tout sur son passage. La voix féminine du groupe The Duke Spirit, pas si lointaine de celle de Björk et de Régine Chassagne (d'Arcade Fire), bouillit sur un rythme tonitruant. Plus inspiré d'une pop à la Sparklehorse, Persons & Machinery (avec les membres d'Autolux), laisse apparaître des glockenspiels et des échos vocaux presque rassurants. Avec Twilight, Unkle se rapproche de ses premiers amours trip-hop et des dernières réalisations de Massive Attack ; la présence de 3D n'y est pas pour rien. Morning Rage et Lawless poursuivent le travail de conquête, entre ferveur apocalyptique et lueurs d'espoir. La voix quasi soul de Gavin Clark réalise un retour remarqué sur Broken, qui prévoit la fin de la guerre, avec des arrangements plus doux. Les combats s'achèvent sur la ballade ténébreuse et volcanique When Things Explode. Dans les rangs décimés des combattants victorieux, on se souvient encore des récits d'amours sombres, des réflexions imagées, des états d'âmes anémiants et des souffrances révélées. « All is forgiven », nous dit-on en clôture ? Non. Et c'est tant mieux.

Unkle – War Stories
01.
02. Chemistry 
03. Hold My Hand 
04. Restless 
05. Keys to the Kingdom 
06. Price You Pay 
07. Burn My Shadow 
08. Mayday 
09. Persons & Machinery 
10. Twilight 
11. Morning Rage 
12. Lawless 
13. Broken 
14. When Things Explode


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